Archive for January, 2004

Devil’s boutique

Tuesday, January 27th, 2004

OK, laughing time is over: I met the devil. He is working as a tobacconist in France, he works overtime, late a night. He also sells books and souvenirs, and has a nice boutique on the ‘rue du pont’. He wears a large moustache, looks like a happy grandpa, with a huge fluffy dog, and smiling eyes. In front of his boutique, sitting on the narrow pavement, is always a young punk begging. Sometimes, it’s a boy-punk, sometimes a girl-punk. It changes a lot, but there invariably is a young punk of some sort begging on the narrow pavement in front of his boutique. I wonder what he does to them punks. He probably has a punk-factory in the back of his boutique, and uses them to collect money and information about good and evil people.
When a nice looking girl enters his boutique, he wraps her into a strange gaze and uses his devil powers to touch her. I let you imagine what kind of touches the devil can do. I witnessed of one these scenes one night. A thin brune girl stood in line in front of me, and all of a sudden, she started to get mad, and shouted to cut it out. “I know you’re touching me, I can feel it” she said to the moustache devil, with red little dots in her eyes. He did not answer, and offered his fixed smile. The dog yawned with a high pitched squeaking sound, and started to smile, as dogs sometimes do. I did not understand what was going on at first. It looked as if I was the only one that noticed how strange this situation was. Nobody else in the boutique seemed surprised.
I met the devil that night, or at least, one of his fellow employees. I bought a pack of tobacco from him, and swore to myself that it was the last time I stepped into his boutique.

La vie du rogongstere

Monday, January 26th, 2004

en filant sur l’onde…
Je parlais aujourd’hui avec Robin, un copain malaisien, de combien je trouvais que les films americains etaient victimes d’un terrible ‘jeunisme’. Bouh l’horrible neologisme en -isme. Il ne voyait pas vraiment ce que je voulais dire. Quand je vais au cinoche, et que passent les bandes-annonces, j’ai l’impression que les films made in usa ne ciblent que les 12-18 ans. Et vas-y que je te sauve le monde avec ma motobylette surpuissante, et vlan que j’aille tuer les morts-vivants, et splatch que rencontre l’amour pour la 1ere fois. On y est; en pleine cour de recreation du college des coeurs brises; pas encore adultes, plus vraiment gamins. Sur le grand ecran popcornise, les themes recurrents sont declines a toutes les sauces:
1. les films de sauvetage: l’avatar post-11-septembre du bon vieux film catastrophe. Memes ficelles, meme heroisme, meme morale (notez que la science-fiction se limite souvent a ce theme-la). Evidemment, sauver le monde, c’est le reve de tout le monde, hin hin.
2. les films initiatiques: beaucoup de choses la-dedans. Ca va du film a l’eau de rose cheap, version ‘first date’, au film de gangs avec des gentils-mechants qui decouvrent la vie. L’idee de depart est bonne, mais la forme est souvent passablement creuse.
3. les films “ad-hoc”: tout ce qui est a la mode est bon a prendre: biographie du bon dieu, remake de film d’epouvante japonais, peplum hollywoodise. Et encore, je ne parle pas de ces navets construits comme des sit-coms: une succession de sketches a la noix de coco, un toutes les 7 minutes (si, si, c’est calibre), et dont on sort en se disant “mouaif, y avait des trucs marrants”.

Heureusement, tous les films ricains ne tombent pas dans la mediocrite ambiante. Il reste du cinema qui intrigue, qui interpelle, qui fait rever (les adultes, sans arriere-pensee foireuse). Mulholland drive, ce weekend. A force de prendre les gens pour des teenagers attardes qui ne revent que d’aller a Disneyland et de “garder une ame d’enfant”, ils vont finir par se casser les dents. Faudra bien qu’ils se rendent compte.

Le seigneur des oignons

Friday, January 23rd, 2004

Lord of the onion rings. C’etait facile. J’ai passe une semaine sans trop toucher terre. Beaucoup de choses ont eu lieu: rencontre avec le consul d’Allemagne a San Francisco, rencontre avec Bernard Henri Levy a Stanford, et discussions tres interessantes avec Albert Tarantola. J’ai appris beaucoup de choses cette semaine; la semaine fut donc bonne. J’engage les curieux a aller faire un tour par la. On y parle d’antimatiere, de geometrie differentielle, et de problemes inverses. Des choses finalement faciles (enfin, disons, accessibles), que le grand public gagnerait a s’approprier un peu.
La semaine fut neanmoins peu productive en terme de musique. J’espere rattraper ca pendant le weekend; ce n’est pas que boulot et musique soient en conflit. C’est plutot qu’il me fallait laisser ma guitare au repos pendant un temps. C’est peut-etre aussi que l’ecoute de ‘On the Beach’ de Neil Young m’a rappele a quel point il etait important de savoir laisser murir les choses. Les laisser murir, juste a point.
Demain, on ira peut-etre voir le dernier lord of the rings. Pourquoi? Je ne sais pas. La science fiction me laisse froid. J’aime beaucoup l’esthetique du film, mais rien de plus; je ne vois pas ou est le mythe. Juste une histoire de plus.

Theo et Vinie

Monday, January 19th, 2004

C’est ferie aujourd’hui, non pas a cause du nouvel an chinois, mais pour celebrer l’anniversaire de Martin Luther King. Ce lundi de glande au chaud a la maison va me permettre de pouvoir vous raconter en long et en large l’excellent weekend que je viens de passer avec Monsieur Theo, et Mademoiselle Vinie. Theo, c’est un copain de prepa, voisin de chambre a l’internat, binome de soutien pendant les colles, compagnon de misere pendant les longues soirees de “dm”. Compagnon de fiesta aussi, de guitare, de Beck, de Neil Young, et de tous les autres trucs qu’on fait, ou qu’on aimerait bien faire quand on a 18 ans et qu’on reve que la foudre tombe sur l’internat de sa prepa-elevage-en-batterie pour pouvoir s’en casser. (Mais je m’emporte.)
Theo a passe un mois aux USA avec sa copine Vinie, qui est venue pour une annee d’etudes dans l’Arizona, et ils ont eu la gentillesse de faire un “petit crochet” a San Francisco pour nous rendre viste le temps d’un weekend. Je ne vous raconterais pas tout notre weekend par le menu, ca serait bien trop long, mais je vous invite a aller jeter un oeil aux photos ici.
Voici quand meme quelques grandes lignes de ces 48 heures: galette des rois vendredi soir avec les copains -Seb a eu la feve. Couche a 4h apres ecoutage intense de disques. Samedi, brunch a Haight Ashbury, le quartier hippie de San Francisco, celui dont tout est parti et dont tout part encore. Ballade, magasin de disqus, de fripes, theatre de marionnettes version clodo creatif: Helene a ete prise comme figurante dans un tour de magie deshabillant. Pour le gouter et se remettre de tant d’emotions, Helene a bu un jus de gingembre, et nous trois, un minuscule jus d’herbes fraiches, en contemplant les fresques du quartier et la maison de Jimi Hendrix.
Puis nous passons le golden gate en fin d’apres-midi, histoire de s’en mettre plein les mirettes. Le soleil fond dans le Pacifique, la brume se leve. Retour en ville (Vinie: “c’est beau, une ville, la nuit”), rues pentues, detour pres des boutiques de downtown, puis retour a Palo Alto; sushis au bar du resto japonais habituel - une premiere pour nos hotes. Le lendemain, le port de SF, les phoques, alcatraz, mouettes et air marin, puis quartier chinois avec restau-bouiboui et the a la fleurette. Au dehors, des petards, des cymbales, et des fleurs en papier mache pour le nouvel an chinois. Foule et depaysement. Le retour a l’aeroport s’est fait tranquillement, nous avons bu un ultime coca, puis ils sont repartis a Phoenix.
Ce petit weekend nous aura fait vraiment plaisir. On peut meme dire qu’en l’espace de deux jours, nous avons vraiment eu l’impression de nous deconnecter de notre petit quotidien, un peu comme pendant les vacances. Ca fait un bien fou aussi de voir que malgre les annees qui se sont passees depuis notre precedente rencontre, il est finalement facile d’avoir un present commun.

L’histoire ne le dit pas

Tuesday, January 13th, 2004

Nous sommes alles faire une petite course hier, a la librairie de Stanford, Helene et moi. En rentrant, alors que le soir tombait, nous avons rencontre a gentil petit vieux. Grandes chaussures et bob ‘Stanford’ sur sa bonne tete de petit vieux, oeil malicieux et rides en pattes d’oie. S’asseyant a cote de nous sur les bancs elimes de l’arret de bus, il s’excuse poliment de devoir nous decaler un peu, dans un fwancais pwesque pawfait.
“Je viens de voir un film splendide”, dit-il, “le dernier metro, avec Catherine Deneuve”. Voyant que l’homme etait d’une humeur bavarde, nous avons commence a tchatcher. C’etait un chercheur en economie retraite, ancien de Stanford, qui avait passe 10 ans a Paris, apres la guerre, pour des raisons militaires, et qui travaillait pour le pentagone. Rayonnant d’intelligence et de gentillesse. Il sejournait a Stanford pour aller fouiner dans les bibliotheques, et se faire operer d’une cataracte a l’hopital du campus. Il retournait souvent a Paris, au cercle Saint-Augustin, et logeait en ce moment et pour quelques mois dans un hotel (de luxe) aux abords du campus.
Vraiment, on fait de ces rencontres a Stanford.

John Nash ou Henry Kissinger, va savoir Charles.

now and then

Saturday, January 10th, 2004

mangrove
jatte
tarquimpol
lacustre
claquemurer

Y a des mots comme ca, que j’aime bien. Je voulais juste dire ici que ca ne m’etonnerait pas que Thom Yorke ait lu Dracula de Bram Stoker en ecrivant Hail to the Thief. Je le lis en ce moment (en anglais) et j’y retrouve plein de details qui me font dire que… On nous donne du ‘lukewarm’, du ‘gloaming’, et quelques autres trucs comme ca, des petits indices. A part ca, le bouquin en lui meme n’est pas genial. C’est peut-etre parce que j’aime pas la science fiction (OK, je sais, c’est pas de la science fiction, enfin, vous voyez ce que je veux dire). Quelle idee de prendre ce bouquin a la bibliotheque, pff. Encore un livre de perdu, heureusement, il en reste des millions potentiellement biens.
A part ca, pour ceux qui etaient comme moi ‘FFA’ (ou FFSA), c’est-a-dire francais en Allemagne, il y a un site super qui vient de se creer et c’est la. Les autres ne comprendront malheureusement pas; disons qu’etre ne et avoir vecu dans un endroit qui s’est transforme en ville fantome provoque un certain pathos. Repenser a toute la vie qui habitait ces cites desormais mortes, abandonnees, silencieuses, me creve le coeur. Laissons dormir le passe.
Aujourd’hui: ballade a Tiburon, le long de petits rochers que mouillaient les vagues de la baie, puis “cutage” (neologisme helenien) au pied du Golden Gate. Calme et beaute. Je mettrai quelques photos en ligne, faut voir ca. C’etait une belle journee, aujourd’hui, a San Francisco. Et pendant ce temps, les Australiens veulent donner des pilules contraceptives aux dames koala.

Tap and turn

Thursday, January 8th, 2004

plein de chansons en preparation… ca fourmille.
un petit post rapide pour vous renvoyer a ca, l’hormone naturellement liberee par le corps quand arrive l’heure de se coucher, celle qui nous maintient pendant 8 heures (7? 6? 5? 12 pour certains…) dans un etat de metabolisme ralenti. Formidable, cette melatonine, qui nous debranche le temps d’une nuit en nous abandonnant a la chaleur du sommeil. Pchhhhhh.
Aujourd’hui, petite etude sur l’Amerique des annees 50 et la naissance du rock. La deuxieme guerre mondiale est finie depuis 5 ans, mais le monde n’a jamais ete moins sur. Happy days, mon oeil. Les hommes qui reviennent du Pacifique ou d’Europe sont glaces jusque dans leur moelle par le chaos et la desolation, et de l’autre cote, on construit de belles fusees rouges pretes a reduire le capitalisme a l’etat de poussiere atomique. Les radios ne passent que des chansons qui appaisent et rassurent tout ces trentennaires qui ont vieilli trop vite. Le baby-boom? Les premiers bebes du baby-boom apprennent seulement a marcher. Entre ces vieux trop vieux et ces bebes qui babillent, toute une generation se cherche. Pour ne pas faire les memes conneries que leurs parents, ceux qui ont 16 ans en 1950 interrogent les tabous. Et les malmenent. Les embryons du rock.

les yeux et les oreilles

Tuesday, January 6th, 2004

“Les espaces multi-dimensionnels sont terriblement vides”, voila ce qui est ressorti du seminaire d’aujourd’hui, sur la theorie des inversions. Quand je dis aux gens que je fais du ‘petroleum engineering’ (intraduisible), ils ne comprennent pas trop. Du petrole? de la petrochimie? Bouuuhh, ca pue, c’est noir, gluant, et ca pollue. Alors je leur explique que je fais de la geologie, et de la mecanique des fluides, et tout de suite c’est propre, ca sent le mineral et l’eau vive. Et en vrai, ben je fais des maths. Oui oui, des maths. On est loin des plates-formes et des derricks. Un brin de physique, un poil de chimie, mais le reste: des integrales, des derivees, des probas, avec un petit portable sur les genoux et un cafe. Est-ce que ca me plait? Au risque de sonner vieille mode, je dirais que oui, etrangement. Il reste plein de choses a faire, je bosse avec des gens sympas et competents, motives sans etre chiants-a-fond-dedans, et je n’en fini pas d’apprendre des nouveaux trucs. Ca c’est un truc auquel il faut que je reflechisse plus longuement: apprendre chaque jour. Surtout, ne pas se raidir intellectuellement comme beaucoup de vieux qui ont jete l’eponge. Rester souple d’esprit et savoir apprendre toute sa vie. Et je ne parle pas ici d’apprentissage academique uniquement, mais d’apprentissage au sens large. Garder de la curiosite, de la capacite a l’emerveillement. Celui qui a su preserver ces qualites n’en finira pas de vivre avec plaisir.
Ce matin, je suis sorti de chez moi tot. 7h45. Ca faisait tres longtemps que ca ne m’etait plus arrive. J’ecoutais l’album ‘rain dogs’ de Tom Waits en jouissant interieurement du magnifique decalage entre ce que la musique me laissait imaginer, et le spectacle du petit jour qui s’offrait a moi. Tom Waits: ambiance fumeuse, bars nocturnes, ville crade et sombre, petit air de moyen age facon pub anglais, avec leurs lots de braillards saouls. Cemetary Polka. Stanford le matin: verre, acier, gres rose, palmiers au garde a vous, allees impeccables, petit ronron de climatiseur et lumieres claires.
Ouvrir grand les yeux, et les oreilles…

Cantor Museum of Arts, Stanford

Monday, January 5th, 2004

Cantor Museum of Arts, Stanford University

Le trait

Sunday, January 4th, 2004

Imaginez une page blanche. Imaginez de la couleur. C’est beau la liberte: on se lache, on y va, c’est fete aujourd’hui.
On trace une premiere ligne. On continue ou on s’arrete; attention de ne pas en faire trop. Chercher la courbe necessaire et suffisante, ni trop, ni trop peu. Mettre au point a l’infini pour guider sa main, caresser, gratter, noircir, colorer.
Certains savent faire naitre de belles choses d’un seul coup en un seul trait, clair et precis, comme si le dessin etait deja existant et qu’il suffisait de le reveler. On peut aller tres loin avec peu de choses.
D’autres iront par touches en melant les lignes, en estompant les contours, construisant patiemment, particule elementaire par particule elementaire, jusqu’a ce que le singulier devienne un tout, une evidence. J’admire autant les premiers que les seconds.
Certains me parlent deja de technique. La courbe apprise, la courbe de convention, la courbe grand public; celle qui plaira a coup sur. Prendre la technique, se l’approprier dans toutes ses subtilites, et puis traficoter les regles etablies. Histoire de prendre le large. Prendre le large. Deplacer les barres de mesure, les assouplir et les laisser deriver un peu. Oh, pas grand chose. Juste de quoi effleurer les sensibilites et creer cette petite epaisseur que provoquent par exemple les guitares un tout petit peu desaccordees. Un rien peut suffire, mais il faut aller a la recherche de ce petit rien-la, dans toute son unicite.
Une fois trouve, il apparait comme une evidence: le trait prend vie.