Voici le titre du dernier album de Joan Baez, un titre tres evocateur de l’ambiance sombre et profonde de cet album noir et blanc. J’en entends deja qui se marrent au fond: “ouaaaais, Joan Baez, c’est une ancetre, elle est dans son trip je-suis-une-artiste-sereine-et-j’assume”. Ben detrompez-vous. Pour l’avoir vue vendredi soir au Fillmore, c’est une cure de jouvence pour les oreilles. On comprend, a l’entendre, la puissance de feu d’une chanson, et on se rend compte que chaque chanson, chaque parole publique, est une occasion de dire des choses importantes. Il ne faut pas laisser passer cette chance, dans un monde ou la musique s’aseptise. On vous donne un micro, servez-vous-en au mieux.
Sur son dernier album, Joan Baez interprete notamment des chansons ecrites pour elle par des gens comme Ryan Adams, Gillian Welch, ou encore Steve Earle. Amis de la chanson sombre, entrez sans crainte. La scene se pretait d’ailleurs tres bien a l’ambiance ‘murder ballads’. Pour l’accompagner, un batteur, un bassiste, un lap-steel guitariste, et un guitariste. Le batteur avait ceci de special qu’il jouait avec des objets divers et varies: baguettes enrobees de bandelettes de tissu, balais de jazz gigantesques, des cymbales tres larges et fines, des grelots et percussions en tous genres. L’assise rythmique etait tres ‘tribale’, tres lourde, avec des chatoiements comptes de cymbales rivetees. Le guitariste etait lui aussi tres tres original. Duke Mc Vinnie, de son petit nom. Description du personnage: costume noir, lunettes fumees, une bonne fin de cinquantaine, visage creuse, immobile, voix d’outre-tombe. Il jouait tantot sur une enorme Gretsch rutilante, tantot sur une sombre Fender Jaguar, toutes les deux torturees d’effets en tous genre, avec des sonorites douces et profondes de grand canyon. Sa presence sur scene avait quelquechose d’hypnotique, et la noirceur de son charisme contrastait a merveille avec les sourires rayonnants de Joan Baez.
La premiere partie du concert valait elle aussi son pesant de petits pois. Erin Mc Keown, une jeune Americaine, super a l’aise dans sa grande robe, toute seule avec sa belle guitare (une Gretsch aussi, couleur bleu cadillac). Elle a enchaine ses chansons gaiement, intelligemment, avec la fraicheur d’une petite fleurette.
Je reviens deux secondes dans les noirceurs de la musique roots americaine. Le studio Wavelab dans l’Arizona n’en est pas a sa derniere merveille; pour ceux qui connaissent, le groupe Calexico est en le temoignage. Mais dans un registre bien plus confidentiel, Blacky Ranchette, groupe de Howe Gelb, a sorti un album que je m’ecoute en boucle en ce moment (still looking good to me). Si l’album passe l’Atlantique, je vous le recommande chaudement. Voila, c’etait ma petite rubrique “cotton-tige”. Nettoyons-nous les oreilles 