Archive for March, 2004

I-5, vers Bakersboule

Saturday, March 20th, 2004

Nous voila partis pour notre petit periple au pays du cowboy poilu. Valise bouclee. Le temps de passer prendre du petrole et on se lance vers le sud. Cinq heures de route nous separent de notre prochaine etape: Bakersfield. Une sorte de ville merdique posee la, sur un tas de poussiere de la Central Valley. On ne passe par-la que pour la nuit, avant de pousser plus loin demain matin. On ne sait pas trop ou on va dormir; les motels ne manquent pas par ici. En attendant d’y etre, le soleil se couche sur les cretes ourlees d’or, et nous filons a bonne allure sur le ruban chaud. On a prepare deux flip-flaps de CD, des M&M’s, et on se raconte nos souvenirs de college, quand on prenait le bus pour aller a l’ecole.

Constance et passion

Wednesday, March 17th, 2004

Tu as raison, G., faire beaucoup de choses avec constance et passion. Voila le recette. Pas facile… “Constance”; c’est souvent la que le bas blesse. Batir toute une vie sur un ou deux trucs, typiquement son boulot et sa famille/son couple, c’est parier sur bien peu de choses. L’eternel probleme des oeufs et du panier.
Un autre truc me preoccupe, indirectement lie a ce souci de diversification des centres d’interet. C’est cette tendance a limiter soi-meme son champ de possibilites: souvent, au nom de prejuges debiles, on ne fait pas telle ou telle chose. On ne va pas voir ci, on ne fait pas ca. La rengaine du “c’est pas mon style”. Faudrait etre suffisamment souple pour se dire que son style, ben c’est de tout essayer, de tout faire, de tout voir, sans s’encombrer de boulets a la con.
Que les gothiques aillent voir Britney Spears! Que les boxeurs fassent de la danse! Que les gourmets mangent du criquet! Au nom de quoi tout cela ne serait-il pas possible?

Furoncle d’Amerique

Wednesday, March 17th, 2004

On a ete voir Hans Blix ce soir, a Berkeley. Il venait se ballader dans les universites du coin pour parler de son bouquin sur les AMD-qui-ne-sont-pas-ou-on-sait. Le pere Blix n’avait plus rien a prouver; il ne venait pas en revelateur, mais simplement en modeste repetiteur des idees qu’il n’a cesse de defendre. Sens aigu de la formule, bonne assise du discours, argumentation bien articulee. On sent le propos sain et confiant. Dans cette soiree tres interessante, deux choses m’ont derange: D’abord, il etait interviewe par une eminente journaliste de CNN, qui a brille par la mediocrite de ses interventions. Questions partielles, partiales, pauvre enchainement logique du debat, interventions longues et souvent inutiles. Passons; je ne suis pas qualifie pour critiquer, apres tout. Mais ca m’a interpele. La deuxieme chose qui m’a gene, c’est le public. La foire aux gargarismes. Assez souvent, le public riait et applaudissait aux moments ou moi meme je ressentais un profond accablement. A chaque fois que Blix soulignait les erreurs de l’un ou de l’autre, (le mode humoristique etait, certes, souvent de mise), une avalanche de cynisme secouait les gens de rires et applaudissements spasmodiques. Comme s’il suffisait de comprendre la plaisanterie pour ne plus s’interesser au fond du propos.
J’ai peut-etre la dent dure; c’est parce que je suis inquiet pour la suite. Apres tout, on est tous concernes.

Blacky Ranchette

Tuesday, March 16th, 2004

He begins to dig between the oily weathered railroad ties that lie half rotten
He builds himself a little shallow grave
Though normally he does not stand half as brave
And his world is this hole now

And soon enough a million tons of trains passes inches overhead
Soon enough he emerges from his emergency and stands undead
Underneath the spangle of a new born sky
He fells ten times more alive

Ten times more alive.

Dark Chords on a Big Guitar

Sunday, March 14th, 2004

Voici le titre du dernier album de Joan Baez, un titre tres evocateur de l’ambiance sombre et profonde de cet album noir et blanc. J’en entends deja qui se marrent au fond: “ouaaaais, Joan Baez, c’est une ancetre, elle est dans son trip je-suis-une-artiste-sereine-et-j’assume”. Ben detrompez-vous. Pour l’avoir vue vendredi soir au Fillmore, c’est une cure de jouvence pour les oreilles. On comprend, a l’entendre, la puissance de feu d’une chanson, et on se rend compte que chaque chanson, chaque parole publique, est une occasion de dire des choses importantes. Il ne faut pas laisser passer cette chance, dans un monde ou la musique s’aseptise. On vous donne un micro, servez-vous-en au mieux.
Sur son dernier album, Joan Baez interprete notamment des chansons ecrites pour elle par des gens comme Ryan Adams, Gillian Welch, ou encore Steve Earle. Amis de la chanson sombre, entrez sans crainte. La scene se pretait d’ailleurs tres bien a l’ambiance ‘murder ballads’. Pour l’accompagner, un batteur, un bassiste, un lap-steel guitariste, et un guitariste. Le batteur avait ceci de special qu’il jouait avec des objets divers et varies: baguettes enrobees de bandelettes de tissu, balais de jazz gigantesques, des cymbales tres larges et fines, des grelots et percussions en tous genres. L’assise rythmique etait tres ‘tribale’, tres lourde, avec des chatoiements comptes de cymbales rivetees. Le guitariste etait lui aussi tres tres original. Duke Mc Vinnie, de son petit nom. Description du personnage: costume noir, lunettes fumees, une bonne fin de cinquantaine, visage creuse, immobile, voix d’outre-tombe. Il jouait tantot sur une enorme Gretsch rutilante, tantot sur une sombre Fender Jaguar, toutes les deux torturees d’effets en tous genre, avec des sonorites douces et profondes de grand canyon. Sa presence sur scene avait quelquechose d’hypnotique, et la noirceur de son charisme contrastait a merveille avec les sourires rayonnants de Joan Baez.
La premiere partie du concert valait elle aussi son pesant de petits pois. Erin Mc Keown, une jeune Americaine, super a l’aise dans sa grande robe, toute seule avec sa belle guitare (une Gretsch aussi, couleur bleu cadillac). Elle a enchaine ses chansons gaiement, intelligemment, avec la fraicheur d’une petite fleurette.
Je reviens deux secondes dans les noirceurs de la musique roots americaine. Le studio Wavelab dans l’Arizona n’en est pas a sa derniere merveille; pour ceux qui connaissent, le groupe Calexico est en le temoignage. Mais dans un registre bien plus confidentiel, Blacky Ranchette, groupe de Howe Gelb, a sorti un album que je m’ecoute en boucle en ce moment (still looking good to me). Si l’album passe l’Atlantique, je vous le recommande chaudement. Voila, c’etait ma petite rubrique “cotton-tige”. Nettoyons-nous les oreilles :-)

I dreamed I saw Joe Hill last night

Wednesday, March 10th, 2004

“Il parait qu’il neige en Lorraine, alors qu’ici, le thermometre frise les 25 degres et que tout le monde se ballade a poil sur le campus.” Parler du temps. Pourquoi? Le mec dans Amelie Poulain pretend que c’est pour eviter de parler du temps qui passe que l’on parle du temps qu’il fait. Moi, je crois que c’est une facon tres primaire de se chercher des terrains de discussion communs, surtout quand on n’a rien d’autre a partager que ce ciel, ces nuages, ce soleil. Ca se partage bien, un ciel. Tiens, prends-en un morceau, je te refile mon nuage si tu veux. Celui qui fait toujours pleuvoir au-dessus de la tete des grincheux; ce fameux nuage. Il me fait bien rire celui-la.
Une fois qu’on est plus intimes avec les gens, on partage d’autres choses: hier, en mangeant thailandais avec la bonne troupe de midi, j’avais apporte de la biere jamaicaine, parfumee au gingembre. Tout doux tout bon. Et vendredi soir, avec la meme troupe, on va voir Joan Baez au Fillmore. helene et moi, on a deja vu Joan Baez en 1998, a… Sarreguemines ! Nom de diousse, joan Baez dans la vieille salle municipale de Sarreguemines, je peux vous assurer que ca vaut son pesant de leberwurst. Rarement ai-je assiste a une telle demonstration d’intelligence et de charisme. Pour la petite anecdote, Helene et moi avons meme reussi a rencontrer la grande dame derriere le rideau, une fois celui-ci referme, et nous lui avons gentiment offert une gauffre que ma grand-mere avait faite pour nous. Malgre le cote grotesque de la chose, cette rencontre et ce concert resteront graves dans ma memoire jusqu’a ce que la vermine vienne me manger la sauce blanche. C’est dingue comme nos soucis quotidiens, ceux qui nous brouillent l’ecoute (facile) s’oublient vite, alors que certaines choses, ces rencontres, nous marquent a jamais.

dulcimer

Monday, March 8th, 2004

as we strolled down the piers
dulcimer plucking to our ears
sticks bouncing a scottish anthem
as we strolled down the piers

the piers turned into a cliff
a left wing arose in spray-painted slogans
books from the cellar to the ceiling
enter with no fear, they smiled at the door

dried sea horses, a foul smell,
dissasorted legions climbing up
the wings of cockroaches on powell
echoes of dulcimer plucking

crutches to support the bum
tall on his feet
collapsed
on
the
side
walk
as a drop of bad ethanol
gave the last hit
to the last synapsis
of the last neurone

seen from above
streets from words
fragments of sense
trying to finally unite

Montage et demontage d’image

Sunday, March 7th, 2004

Montages et demontages d’images par la.

SF by foot

Sunday, March 7th, 2004

In the city lights… San Francisco est une ville saine.

Les lendemains qui chantent

Friday, March 5th, 2004

C’est dans le fond de l’air. On le sent sans vraiment etre capable de le formuler. Ca fait des lustres qu’on rebat les oreilles avec ca. Mais on le sait, on en est sur: ca finira par arriver; tout est une question de temps. Il n’y a pas un seul nanogramme de mysticisme dans l’affirmation suivante: on fonce droit dans le mur. Et forcement, faudra bien passer par un changement radical. Ce n’est pas en detruisant un par un les mecanismes d’auto-regulation de la planete que tout ira bien; au contraire. J’ai horreur de tous les scenarios apocalyptiques a la gomme, tout juste bons pour des gourous de bac a sable, et les cataclysmes de la science-fiction me gonflent assez vite. Mais il souffle un vent mauvais chez les scientifiques, en ce moment. On parle de science, ici. Pas de fiction. Personnellement, une seule chose m’inquiete: le productivisme.
Simplement, a vouloir transformer du travail en argent toujours plus efficacement, toujours plus rapidement, on deteriore la vie. La sienne, et celle des autres. La vache folle? Productivisme. La destruction des forets? Productivisme. La couche d’ozone? Productivisme. Et les consequences de tout ca risquent d’etre desastreuses. Reculons d’un siecle et demi; on commence la revolution industrielle. On regroupe, on optimise, on accelere. Engrenage vertueux.
Les gros mangent les petits, deviennent de plus en plus gros, et c’est tant mieux nous dit-on. Plus plus plus. On nous fait croire que les interets individuels alimentent les interets collectifs: en effet, on vit tous bien mieux depuis que nos grottes se sont pourvues du confort moderne, et qu’on nous refile de la bidoche a en etre ecoeure.
Et puis il y a la revolution informatique. Meme topo: on regroupe, on optimise, on accelere. On y est. Une ou deux boites qui tiennent le monde entier (banques, laboratoires, hopitaux) par les bonbons. On a sacrement avance dans la sophistication, pas dans la robustesse. Le moindre grain de sable paralysera tout; on le sait: ca arrivera, tot ou tard.
Et puis, evidemment, en ayant regroupe, optimise, accelere a outrance, on finit par se rendre compte que le pouvoir d’un petit nombre d’individus decidera du sort de millions d’autres. Mais c’est pas de la blague: on y est. Certains predisent que les prochains actes terroristes ne feront plus 5000 morts, mais quelques millions. Un tout petit bouton. Ca arrivera, tot ou tard.
Mais en attendant, a vivre au-dessus de ses moyens, il arrivera bien un moment ou tout se cassera la gueule. Plus de petrole? Plus d’auto-regulation genetique? Plus de ressources agricoles a cause d’un changement climatique (serieusement programme pour 2010)? Plus de voitures, plus de medicaments, plus de casse-croute? Admettons que sur les 10 milliards de terriens, le dixieme seulement survive. Et alors? Que faire? Recommencer tout ca?
Surement pas.
A quoi ressemblera la societe post-technologique? Moi, j’en sais rien. On parle de petites communautes technologiquement auto-suffisantes, et independantes. On parle de “tribus” qui penseront d’abord a transmettre un savoir ’stable’, et non plus une science ‘instable’, source de dangers massifs. Mais la transition vers un systeme stable risque fort d’etre douloureuse.
C’est la science (pas le business, ni la politique, ni la religion, ni le fric) qui apportera les reponses. Faisez de la science; dans votre kibboutz post-technologique, il faudra bien des gens qui sauront reinventer la roue.