Archive for February, 2005

La peau epaisse

Sunday, February 27th, 2005

noStanding.jpg

Difficile d’aller a contre-courant du flot des idees preconcues. Il m’est arrive une histoire assez desolante a ce propos, lors des dernieres vacances de Noel. J’etais a Metz, quelques jours avant le reveillon, a faire la queue au Virgin avec quelques babioles destinees a garnir encore un peu le pied du sapin. Me voila donc bon douzieme dans une file de gens presses, a attendre poliment de ne plus etre le suivant de celui qui me precede, comme disait Jacques Brel. On etait le matin, et vraisemblablement, tout le monde semblait prendre son mal en patience, regards perdus dans le flou et observation de ses ongles a l’appui. Sauf le gaillard derriere moi.
“Ein kilogram Kartoffel…”
Un specimen exceptionnel: l’archetype parfait du gros con facon Klapisch, comme le neurologue de l’auberge espagnole. Ces gens qui croient devoir donner des lecons pour mieux arroser le monde ambiant de leur propre mediocrite. Notre specimen avait une belle trentaine parvenue, avec ce petit exces de confiance de ceux pour qui la vie n’a plus de secrets. Il avait visiblement tout “vecu” (les voiture “a vivre”, brr…), tout passe au crible de sa chere raison, tout etalonne a l’aune de son etroitesse d’esprit. Je le sais, parce que dans le silence monacal de la file des clients amorphes, il braillait toute sa vie dans un telephone portable dernier cri. D’abord en allemand, puis en anglais, puis en francais - et surtout assez fort pour que tout le magasin l’entende malmener Shakespeare, Goethe, et Moliere, en rigolant a ses propres vannes. Bref, notre ami ne semblait exceller ni dans la discretion de ses manieres, ni dans la pertinence de ses traits d’esprit. Mais bon; je ne mords pas les gens a l’oreille pour si peu. Mais voila que soudain, une deuxieme caisse ouvre. Vent de panique. Transe dans la file d’attente qui se dedouble, s’excite, se melange, puis se reforme en un eclair. Et voila que mon gros malin me passe sciemment devant, l’air de rien. Et par principe, je ne supporte pas qu’on specule sur la valeur du temps d’autrui. Alors j’interromps sa conversation avec son portable pour lui rappeler qu’on ne prends pas impunement les enfants du bon dieu pour des canards sauvages, et feinte de balayeur numero 4, je repasse devant en lui souhaitant un joyeux noel Felix.
Fear and loathing at Virgin Megastore
Evidemment, comme ce genre specimen deteste se sentir morveux et ne raterait aucune occasion de donner des lecons plutot que de reconnaitre sa malpolitesse, il monte sur ses grands chevaux et commence a me faire la tirade classique, celebre, eculee: “Les Francais ne sont que des Raleurs”. Nous y voila, et je m’y attendais (comme quand je fais a la queue aux comptoirs Air France a l’etranger). Alors la, on y va franco, on enfile les perles, et je me coltine un vrai deguelis de cliches: “les gens” ne sont que des raleurs, indisciplines, soupe au lait, bref, rien que des banalites bien ininteressantes. Et puis dans une etincelle de genie, le zozo me sort que je devrais aller faire un petit tour aux USA parce que la-bas, hein, “les gens” sont civilises, disciplines, savent se mettre en rang et faire la queue, et puis d’abord, d’apres la loi de Poisson, j’aurais eu une probabilite superieure de passer en caisse avant lui aux USA qu’en France, pouet pouet, bla bla bla.
Et pan dans les dents.
Pour qu’il m’epargne son petit sermon, je lui demande comment se fait-il qu’il me parle des USA, la, de bon matin, au Virgin de Metz, a propos de bottes d’oignons. Et la, mon gugusse m’annonce que lui, mossieur, il habite depuis deux mois a Cupertino, en Californie, et que du coup, il savait de quoi il parle, non mais. Ah le gros malin, Cupertino, c’est au bout de ma rue. Il joue sur mon terrain. Je n’aurais pas du, mais j’ai pas pu resister a lui dire que j’habitais en Californie depuis quatre ans, et qu’il pouvait se mettre ses sermons approximatifs sur les statistiques ou je pense, etant donne que quand meme, je bouffais de la loi de Poisson au petit-dejeuner, si je puis dire (meme si j’en ai pas vraiment l’air comme ca). Et hop, je passe en caisse, savourant le petit plaisir facile de voir, comme dans les bons Chaplin, l’arroseur arrose.
Mais c’est qu’il insiste, le bougre
En sortant du magasin, le voila qui me retombe sur le poil, tout sourire, tout miel. Evidemment, il ne faudrait vraiment surtout pas se sentir morveux. Le voila soudain pris d’une subite envie de solidarite et de complicite, comme seul le sentiment d’appartenir une caste d’expats peut faire naitre. Et je pense que les expatries me comprendront quand je dis qu’il ne suffit pas d’etre dans le meme bateau pour automatiquement devenir les meilleurs amis du monde. Les communautes d’expatries se forment au hasard, et les rapports y sont souvent tres artificiels. Evidemment, ce n’est pas parce que monsieur est francais et qu’il vit en Californie que je vais devenir son pote, j’aurais des milliers de copains si c’etait le cas. Il me pose des tonnes de questions, essaie de jouer au gentil, me poursuit dans la rue. Je le remballe, je ne le felicite pas pour son comportement, et je souhaite mes amities a son chien. Ah, ces Francais. Les cliches ont la peau epaisse.

Yellow Submarine

Sunday, February 20th, 2005

La derniere fois que j’ai eu l’occasion de donner un concert en tant que batteur dans un groupe, ca doit remonter a l’epoque ou on ecumait les bars nanceens et les soirees etudiantes avec Sergent Pochet et nos amis les Blue-Haired Girl [tiens ils existent encore !]. Entre 1999 et 2001 - les sonometres s’en souviennent encore. Depuis, expatrie loin de ma mere-batterie, je me suis mis a la guitare et a l’electronique. Un choix esthetique que j’avais envie de faire depuis toujours. Mais la, je dois dire que le premier concert du ‘Yellow Submarine’, vendredi soir dernier, m’a definitivement et resolument rappele le bonheur que procure le matraquage de percus en public. Yellow submarine est une sorte de groupe-farce, que nous avons decide de cantonner aux reprises des Beatles, un petit zeste de second degre la-dessus. Comble du comble, nous voila en train de jouer dans une soiree dansante facon ‘prom’ de American Graffiti: she loves you, eight days a week, you’ve got to hide your love away, here comes the sun, with a little help from my friend, taxman… On peut penser que la creativite ne se satisfait pas de reprises, mais au contraire; j’ai appris ce soir-la que s’approprier le langage musical de quelqu’un d’autre permet d’enrichir considerablement le sien. Apres un concert pareil, on a les idees qui se remettent en place. Les 200-250 personnes qui etaient venues ont commence a danser comme des possedes, a toute allure, et je fixais le spectacle de leurs rondes en tapant sur mes futs jusqu’a l’hypnose. La musique doit retrouver cet etat d’urgence, cet etat de transe, cette instabilite qui menace a tout moment de tout faire chavirer dans le chaos. L’experience fut excellente, et certainement a renouveler. Je souhaite a n’importe quel musicien, peu importe le style, peu importe la motivation, de reussir a faire danser, bouger, vibrer a l’unisson tout un gymnase au simple son de sa musique. Note a moi meme: toute future compo devra comporter suffisamment de peche pour faire danser/vibrer/reagir un mort. Il faut que je travaille la-dessus. De la dynamique, que diable.

Et pour finir, quelques liens:
Un blog par jour: site de recensement de blogs, ou j’ai eu le plaisir de figurer, par un hasard heureux. [Re-note a moi-meme: je n’ai jamais vraiment cru que mon site etait un “blog”. Au depart, ce n’etait meme pas vraiment un site internet frequentable. Disons que c’est juste un petit carre de memoire-serveur que je tiens a jour avec les outils les plus commodes pour ce faire. D’ou peut-etre le style un peu plus austere, sans colonne de liens (pardon d’ailleurs a ceux que je lis sans lier), sans banniere du haut, sans milliard de chouettes gadgets. D’ou peut-etre aussi l’absence des fonctions standards dont dispose n’importe quel blog digne de ce nom (trackback, photoblog, commentaires fancy,…). Je m’autorise juste une petite validation w3c et rss, et la possibilite de commenter. Et surtout ne vous genez pas, allez-y. Mais je ne me fache pas si on ne commente pas. Le silence discret des quelques lecteurs anonymes et fideles me satisfait largement.]
Bon, tout ca pour dire que je vis le blog en douceur. Helene, d’ailleurs, a decide de se mettre aussi a tenir un carnet a jour. En tant que journaliste, elle n’a que peu de temps a consacrer a cet exercise de style, mais peut-etre que cela l’aidera a faire son trou encore un peu plus. Avec sa plume comme seul arme, la voila sur Highway 280. Sans plus attendre, reportage.

Positively Haight Street

Tuesday, February 15th, 2005

Quiconque ayant la chance de passer a San Francisco, une fois dans sa vie, doit aller a Haight-Ashbury. C’est dans ce quartier que le bon dieu, quel faineant celui-la alors, envoie les ames du purgatoires en fin de droit.

Elles errent au son des joueurs de harpe, entre les bars sombres et les friperies gothiques, en attendant de repasser le golden gate dans l’autre sens. Pour $1, vous pouvez faire danser la marionette d’un spongebob en peluche. Pour $2 vous pouver la passer a tabac. Pour $5, on vous prete meme les allumettes pour y mettre le feu.

Quand on discute avec ceux qui usent le trottoir, on ouvre des portes vers d’autres mondes. Les ames boiteuses ont des histoires a raconter, des histoires qui tapent en plein coeur. Le mot se repand en pluie, en soleil, en ciment, en cendres, en confettis, en sucre, en poussiere. Celui qui vient avec son gobelet en papier peut recuperer quelques mots en plein vols, lances en pature aux ames qui martelent les idees pour en faire de l’art. Les prophetes ont les mains caleuses; toute l’histoire du monde est ecrite sur les trottoirs et sur les murs. Il suffit de se baisser. On y apprend que les vermisseaux vivent en symbiose avec les loups, et que tout ou presque est regit par le hasard.

Alors on s’arrete, et on prend le temps de prendre le temps.

Nos espoirs

Wednesday, February 9th, 2005

Apres s’etre miraculeusement rendus compte que nos atomes etaient crochus, et que nos doigts ne l’etaient pas, nous avons decide, zerodegre et moi-meme, de sceller notre amitie naissante dans un petit exercise de remixage. Je vous propose d’ecouter le resultat par-ici. L’original de cette chanson se trouve sur “Les ecrans” (le kit corp.), un album qui tombe la un peu comme un elephant dans un petit couloir, tellement son esthetique parle d’elle meme. Une critique dithyrambique d’un album si beau et limpide serait une alteration du gout, un faux-pas. Toutefois, les critiques elogieuses commencent a fleurir ca et la. Del4yo vous le dit bien, c’est le printemps. Zerodegre au printemps, ca vous grimpe comme un frisson dans la moelle.

Pour ma part, en botaniste dilettante, j’ai simplement essaye d’extraire la seve de “nos espoirs”, la chanson la plus explicitement sombre du disque, et en cela ma preferee. Je l’ai demontee piece par piece, jusqu’a l’atome, pour la reconstruire en ne gardant comme guide que le souvenir de son existence. J’aime defaire chaque couche, pour voir s’il en reste une trace en filigrane, et reveler les couches absentes qui ne demandent qu’a joindre le tout, selon mon jugement.

Et allez, parce que c’est la fete, je mets ici un truc que je reserve d’habitude aux post-its qui trainent sur le bureau d’Helene: un dessin de mon duo imaginaire prefere: le fantome et le petit nuage blanc…


The ghost and the cloud *1*

Et allez, quelques liens:
- Mon cadeau de la Saint Valentin viendra de la.
- Des secrets bien americains.

Le charme et le cheque

Tuesday, February 8th, 2005

Avec un sourire large comme une porte d’eglise, elle prend la pose. Salue d’un revers de main les zooms qui la detaillent. La voix porte. Du bleu comme couleur de la sociabilite. “La terre vue du ciel” negligemment pose sur la table, a portee de main du president. Peut-etre pour meubler, mais je crois que c’est plutot pour prendre de la hauteur, symboliquement, face a tout ce qui se debat. L’Atlantique se resserre et s’etire a chaque respiration. On pretend calmer le jeu, mais en realite, on ne calme rien du tout. On vient placer ses atouts. Le neuf d’abord, le valet ensuite. On verra bien qui a l’as dans cette petite belote geopolitique.

Pacifique…

Wednesday, February 2nd, 2005

Si l’imagerie populaire n’avait pas transforme toutes les scenes de couchers de soleil sur des plages en couvertures de roman ‘Nous Deux’, je n’aurais pas hesite un seul instant a mettre en ligne ces photos. Mais la, j’ai hesite. De peur d’etre compris de travers. De peur de passer pour un oeil facile a charmer. De peur de passer pour un trigger-happy de l’appareil photo. Et allez, a quoi bon. Melangez Californie, coucher de soleil, plages interminables, beach boys, etc. - vous voyez le tableau. Melangez bien, et “multipliez par mille, et vous serez encore loin de la realite”.