Archive for March, 2005

Juvamine

Tuesday, March 29th, 2005

De retour en Californie. Tout reprend exactement la ou tout s’etait arrete, sans mauvais plis dans la tranquille continuite de ma vie de thesard. Ces quelques jours passes dans le sud nous auront permis de decouvrir, H et moi, une autre facette du continent. Cette autre facette, d’ailleurs, me laisse tres pessimiste sur la perennite de la prosperite americaine. On nous a quand meme raconte que la Californie n’etait qu’un etat de depraves, qui ne croient en rien, qui frisent l’anti-patriotisme; chose presqu’aussi grave que le blaspheme - et ce n’est pas peu dire. C’est aussi dans ce marais intellectuel que poussent les plus beaux specimens d’hospitalite et de generosite. J’ai eu l’occasion de vanter la joie de vivre des cajuns. Je ne me repeterai pas, je radote assez comme ca. Pour les curieux, quelques photos ont ete rajoutees dans cette modeste page, et apres, promis, on n’en parle plus - le debat est clos. Citons seulement Nietzsche (je connais peu, mais le peu que je connais de lui m’a toujours epate), qui disait a juste titre que la conviction etait un enemi de la verite bien plus redoutable que l’ignorance.
Allez, promis, je reviendrai tres vite. En attendant, j’ai du sommeil en retard. Une juvamine et hop.

On the bayou

Saturday, March 19th, 2005

Autour de Baton-Rouge, des marecages. Dans les marecages, tout un monde: lezards, serpents, tortues, alligators et autres sauriens. Des oiseaux par milliers, a tel point que les arbres croulent sous leur poids. Des betes etranges aussi: des ouaouarons, des chevrettes, des ragondins, des serpents-mocassins… Installes ici depuis deux siecles, les cajuns prennent un plaisir immense a nous faire decouvrir leur vie dans cet environnement riche et mysterieux. Les bayous.
Je reviens aussi sur ma premiere impression de Baton Rouge: passer un vendredi soir ici m’a permis de constater que cette ville n’est pas aussi ‘white thrash’ qu’il y paraissait; culturellement parlant, la ville bouge meme enormement. Le quartier de l’universite de Louisiane vaut le detour. Les fantomes de REM trainent encore. La radio locale de l’universite, KLSU, passe vraiment de la bonne musique (notre bande-son de ces derniers jours).
Les plantations disseminees dans cette ville sans centre, valent aussi le detour. On y comprend mieux ce qui sert de ciment a cette Lousiane, une terre ou se sont meles, dans des circonstances souvent difficiles, des peuples africains, europeens, creoles, indiens.
Avec toute cette vie, ces differentes cultures, et la chaleur de l’accueil qui nous est reserve partout, sans exception, nous sommes sous le charme.

4s et 4i: mississippi

Thursday, March 17th, 2005

Les rives du fleuves sont aussi boueuses que le dit la legende. Autour de l’eau et de la boue, il y a encore de l’eau et de la boue. Des autoroutes entieres construites sur des pilotis, rivetees au tapis vaseux d’immenses marecages verdatres, moussus, stagnants. Nous dormons a Baton Rouge, dans le charme cossu d’un hotel cajun, fleurs fraiches et bouteille de vin au chevet. La ville s’etend autour d’autoroutes et de centres commerciaux. Pour ce qui est de l’autochtone, la premiere impression est inquietante, et la rencontre est resolument interessante. Inquietante, parce qu’on se sent a 100% dans un pays ‘rouge’, entendez republicain. Le support sans faille a l’administration s’affiche sur tous les pare-chocs de tous les enormes 4×4, qui d’ailleurs foncent comme des malades sur les avenues fatiguees (et rendent les routes beaucoup plus dangereuses par ici qu’elles ne le sont en Californie). On sent clairement que la triade decadente religion-patrie-argent ravage le discours et rend l’autochtone puritain, conservateur, et pragmatique (trop). Au risque d’y aller un peu vite en besogne, j’ai d’ailleurs l’impression d’avoir vu plus d’eglises que de McDo ici. Dans le fond c’est pareil: du pret-a-manger, et du pret-a-croire. Zero effort, on nous premache tout; le niveau zero de la gastronomie et de la spiritualite. Neanmoins, le contact est toujours tres cordial, courtois, prevenant.

Si on laisse un peu de cote la croute sociale aisee des anglo-saxons obeses, les choses se pimentent un peu, et deviennent reellement interessantes. Beaucoup de noirs, beaucoup de metis, et aussi beaucoup de cajuns, ces francais partis coloniser l’Acadie et ‘deplaces’ en Louisiane par la couronne d’Angleterre. Et la, a la rencontre, il se passe quelquechose. En visitant un navire de guerre a quai, au bord du fleuve, nous avons ete accueillis par John Cormier, d’un “bienvenue mes amis francois” sonore et rigolard. La ressemblance physique avec mon grand-pere n’est surement pas fortuite. Choc. Il faut le voir et l’entendre pour le croire. L’homme qui portait bien ses soixante-quinze balais sur la fin, avec son francais miraculeusement beau, n’avait jamais vu la France - on le sentait emu de la rencontre. L’emotion etait reciproque. Et le Mississippi, qui coule la dessus.

hoover tower under electric skies # 1

Thursday, March 10th, 2005

La hoover tower sous l'orage

Une soiree tiede et odorante. Je vais dormir en pensant a ce que mes jours sont aussi courts que mes nuits. Je travaille d’arrache-pied avant de prendre un peu de recul, dirons-nous, en Louisiane. Et oui, ayant la chance de partager mon existence avec une routarde (qui l’etait deja bien avant d’ecrire dans le guide du meme nom), nous partons pour douze jours dans les marecages du pays cadien/cajun. Un pays qui m’a toujours un peu fascine, par la richesse de son histoire et de sa culture.

Mais avant, il me faut finir un rapport tres important sur l’avancee de mes recherches pour cette annee, et preparer une belle presentation. D’ailleurs, a ce propos, ouvrons une petite parenthese geek: je suis un inconditionnel de Latex (je ne comprends pas que ce programme ne soit pas plus massivement utilise), mais pour mes presentations, je n’ai pas encore trouve chaussure a mon pied: Powerpoint, c’est ecule, a tel point que la vue d’un ‘template’ ou d’une ligne en tahoma 26 me plonge instanement dans un etat de lethargie intense; OpenOffice, c’est mieux sur le principe, mais le resultat est sensiblement le meme; faire un truc avec Director, c’est encore ce qui me plait le plus, meme si Director se prete plus au multimedia qu’a la presentation de materiel scientifique (graphes, equations, modeling), et qu’il me faut trois fois plus de temps pour faire a peine mieux qu’avec PPoint. Et les possibilites de slides avec Latex, je n’ai pas encore eu le temps d’explorer. Fin de cette parenthese, si quelqu’un a une idee, je suis preneur. Et sinon, je trouverais bien un moyen d’etre plus original que tous ces powerpointeurs barbants comme un jour de pluie.

Bref. Je lis, en ce moment, grace a l’ami Moham, les Enki Bilal (foire aux immortels, etc). Ca faisait longtemps que je n’avais plu autant apprecie de lire une BD. Je recommande chaudement ces trois tomes a ceux qui aiment le trait froid et la perspective oblique.

Avec quelques bons bouquins, un dictaphone, et une collection de disques qui se sera faite sur place; voila comment j’envisage de franchir le Mississippi. Nous ne resterons pas longtemps a Nouvelle-Orleans, trop festive, trop debauchee. Nous cheminerons plutot vers l’ouest, vers les plantations, au berceau meme de la lumiere vaudoue. La ou des siecles de labeur n’ont pas suffit a creuser des sillons clairs dans la terre molle des bayous.

Langage infini

Wednesday, March 2nd, 2005

Le langage est infini. On peut facilement le tordre, le modeler, le deformer; c’est presque trop facile meme: lol ptdr. En revanche, il est nettement plus difficile de l’etendre, d’en pousser l’enveloppe, tout en gardant le souvenir de ses contours. Allons-y pour un tel exercice d’imagination. Inventons des mots.

De la feneste: petite fleur tres fragile, en forme d’etoile; elle ne pousse qu’aux endroits d’activite intellectuelle intense. Le carthame: selon moi, c’est un tissu fin et soyeux d’Afrique du Nord. Pour Helene, plus moderne, c’est un coffret dans lequel on range les BN (les biscuits). Une sous-tuppe: c’est une petite epingle a chapeau, en vieux francais. Un vitulaire: petit insecte piquant comme une epingle, qui se nourrit de bois de charpente. Une veluze: petit requin innofensif, vivant dans les pare-brises de voiture. On en voit parfois l’aileron quand les essuie-glaces fonctionnent. Les Angelines: fetes paysannes tres arrosees qui se tiennent juste avant les vendanges, pour faire de la place dans les caves. Elles ont ete interdites sous Pie VI (juste avant la Revolution), et se pratiquent encore clandestinement sur les coteaux de la Moselle.

Tout est si simple avec des mots.