La revanche du oui
Monday, May 30th, 2005C’est une loi statistique simple en analyse de decision: il y a toujours plus de raisons de refuter que d’accepter une proposition, aussi bonne fut-elle. Quelle que soit la question posee, celui qui refuse paraitra toujours plus credible que la personne qui accepte; celui qui refuse percoit d’avantage le danger auxquels se soumet celui qui accepte.
Cet episode referendaire me conduit donc a soulever une fois de plus la question de l’equite entre le oui et le non. Le refus est presque toujours percu comme une force, alors que le oui est souvent assimile a une faiblesse, ou pour le moins a une meconnaissance. Le non passe pour grave et instruit, le oui passe pour leger et insouciant. Le oui et le non ne sont donc pas deux choix parfaitement symetriques, equitables, concurrents.
Ce biais est evidemment nefaste: au lieu de repondre a une question, on projette ses propres doutes. Il est plus simple d’imaginer mille raisons de refuser que d’accepter. Le mobile le plus evident est peut-etre l’angoisse de devoir affronter les consequences imprevues d’un oui hatif, et la culpabilite d’avoir accepte meurtrit l’ego bien plus que la culpabilite du refus.
Neanmoins, et j’oserais dire ‘heureusement’, le refus, fort et seduisant dans sa forme, cache souvent une faiblesse immense dans le fond. La symetrie est la aussi brisee: le refus est facile mais vain, l’acceptation est difficile mais ambitieuse. En refusant, on materialise ses hesitations, en acceptant, on materialise son espoir. Accepter, c’est prendre la main, c’est mener le jeu, c’est vivre avec passion. Voila la grande revanche du oui.

