Archive for May, 2005

La revanche du oui

Monday, May 30th, 2005

C’est une loi statistique simple en analyse de decision: il y a toujours plus de raisons de refuter que d’accepter une proposition, aussi bonne fut-elle. Quelle que soit la question posee, celui qui refuse paraitra toujours plus credible que la personne qui accepte; celui qui refuse percoit d’avantage le danger auxquels se soumet celui qui accepte.

Cet episode referendaire me conduit donc a soulever une fois de plus la question de l’equite entre le oui et le non. Le refus est presque toujours percu comme une force, alors que le oui est souvent assimile a une faiblesse, ou pour le moins a une meconnaissance. Le non passe pour grave et instruit, le oui passe pour leger et insouciant. Le oui et le non ne sont donc pas deux choix parfaitement symetriques, equitables, concurrents.

Ce biais est evidemment nefaste: au lieu de repondre a une question, on projette ses propres doutes. Il est plus simple d’imaginer mille raisons de refuser que d’accepter. Le mobile le plus evident est peut-etre l’angoisse de devoir affronter les consequences imprevues d’un oui hatif, et la culpabilite d’avoir accepte meurtrit l’ego bien plus que la culpabilite du refus.

Neanmoins, et j’oserais dire ‘heureusement’, le refus, fort et seduisant dans sa forme, cache souvent une faiblesse immense dans le fond. La symetrie est la aussi brisee: le refus est facile mais vain, l’acceptation est difficile mais ambitieuse. En refusant, on materialise ses hesitations, en acceptant, on materialise son espoir. Accepter, c’est prendre la main, c’est mener le jeu, c’est vivre avec passion. Voila la grande revanche du oui.

J’ecoute pousser ma barbe

Friday, May 27th, 2005

Je ne resiste pas a l’envie de vous faire decouvrir quelques petites applications en flash, merveilleuses d’intelligence et d’espieglerie, decouvertes chez Del4yo:
Typorganism: bon, je ne dis pas ca parce que la typographie est un de ces sujets qui me passionne sans qu’il y ait pour ca de motif rationnel. Essayer l’ASCII-O-matic et le visual composer.
Tile machine: le parallelisme cree la rupture - la preuve avec cette machine a pavage. Chaque pixel apporte son grain de couleur a cette toile demultipliee a l’infini.

A part ca, j’ai la barbe qui pousse. Mais attention, ce n’est pas une fine barbichette de coquetterie: c’est une sombre broussaille qui gratte et tout. Cette nouvelle barbe m’a ete vivement recommendee par Asclepios, mon medecin: veridique. J’ai une dispense de rasoir en bonne et due forme. Au moins six mois de jachere, signee et estampillee. La broussaille sur mes joues risque de s’installer durablement.

Here there and everywhere

Monday, May 23rd, 2005

Encore une experience bien californienne: au moindre rayon de soleil, poser ses instruments dans le backyard d’une belle maison residentielle, avec garage sur le cote et petit carre de pelouse sur le devant. Jouer jusqu’au crepuscule, pour les jeunes qui passent dans le coin, avec biere, margaritas, et brochettes.

Comme le disait Fred dans un expose tres eclairant sur le sujet, le punk californien, a l’inverse de son homologue anglais, a perdu le tranchant de sa rebellion et son etat d’urgence. En guise de message lourd, il s’amuse a parler de soleil, de plage, et de fiesta. Je comprends un peu pourquoi.

La nef des fous

Sunday, May 15th, 2005

Les gens normaux n’existent pas. J’en suis venu a cette conclusion lapidaire hier, lors d’un barbecue au bord de la piscine chez Lali. Californie version nef des fous, puissance dix. On se serait cru dans une piece d’Ionesco. D’abord, il y avait le russe qui soutenait a qui voulait l’entendre combien son cher president etait humaniste. Raconter des salades en buvant de la biere lui aura fait perdre $13 et ses illusions. Ensuite, il y a le couple de films X: une belle caricature de quadra sur le retour, bronzage integral, sourire polident, epilation torsale soignee, qui trimballe sa bimbo et sa cargaison de poumons. Apres s’etre eclipses dans la maison, ils reviennent habilles en Elvis et en danseuse. Et puis il y a l’anglais et ses rouflaquettes, encore sous le coup du decalage horaire, qui parle de pounds et de pence. Et puis il y a le Francais a l’instinct gregaire (redoutable celui-la) qui traine l’oreille dans toutes les conversations a la recherche de l’autre francais providentiel, pour partager quelques poncifs sur la vie ici. Et puis la Chinoise, qui vient juste pour bouffer des ortolans gratos.
Tout ca joyeusement autour d’un barbecue et d’une piscine, sous le soleil de Californie. La norme n’existe pas. Les gens normaux encore moins.

No milk today

Thursday, May 12th, 2005

septembre_fleurs.jpg

Voici quelques fleurs de la part de Del4yo, petillante de creativite, ondulante dans sa bulle. Del4yo doit habiter a cent pas de chez moi. On ne s’est jamais rencontres, peut-etre jamais vus, meme si le doute existe, et peut-etre qu’on se rencontrera - ou pas, et que ce sera certainement par le plus grand des hasards. A un concours de lancer de couteaux ou a un arrosage de petits-fours. C’est que des francais expatries dans la Bay Area, il y en a un paquet. Du coup, c’est assez amusant de se livrer au jeu du hasard des rencontres; de sa fenetre elle voit ca. Des maisons bien serrees, au chaud dans l’intimite anonyme et reconfortante des grandes villes.

Such great heights

Sunday, May 8th, 2005

HeartBeats.jpg

Je sors de l’hopital. Une semaine passee sur la face cachee de la lune. A compter chaque battement de coeur. Des courbes de concentration d’oxygene dans le sang. Des seringues dans tous les bras. Du sang si fluide que tout coule rouge.

Grace a l’efficacite et a la prevenance de l’hopital de Stanford, je vais beaucoup mieux. J’ai ete soigne par Asclepios et ses anges en personne. La guerison a ete aussi conditionnee par la chaleur du soutien amical et familial. Merci a tous ceux, nombreux, qui se sont manifestes soit en venant a mon chevet, soit en faisant sonner mon telephone, soit en joignant leurs pensees aux miennes.

Il ne me reste plus qu’a revenir a une vie normale et chasser de mes oreilles ce tintement d’oscilloscope. Tout cela ne sera bientot plus qu’un mauvais souvenir. En attendant, il m’est interdit de saigner: fini d’avaler des sabres, de faire du kick-boxing, de jouer aux mikados, sauf avec des moufles.

Dans le rythme lent d’une journee d’hopital, H et moi avons lu, jeune, reve dans le silence. En sortant, j’avais si soif de musique que je suis alle faire mon offrande au temple du disque, Amoeba (ironie patronymique) et je devore les quelques disques d’occasion achetes pour la bouchee de pain: the Postal Service (projet parallele du chanteur de Death Cab for a Cutie), Damien Rice, Modest Mouse, Yo La Tengo, the Flaming Lips, Kings of Convenience. Et la, je deguste au sens propre, pas figure. Tout va bien pour moi, merci encore.