Archive for June, 2005

Utile et agreable

Wednesday, June 29th, 2005

Le reportage d’Envoye Special semble faire briller beaucoup de pixels dans la sphere. Ce reportage a du etre difficile a realiser et a monter, sachant que les reactions allaient rapidement fuser. Les journalistes n’ont pas choisi la facilite. C’est un peu comme l’idee saugrenue de faire un reportage sur les comerages; on sait que ca va faire jaser. Hum.

Tout ca pour en venir au sujet du jour: ces blogs qui ne servent a rien. Mieux: ces sites qui ne servent a rien.

Une anecdote personelle, d’abord. Avant que les blogs soient blogs, je m’amusais a faire des pages en html avec des photos par-ci, des chansons par-la, des trucs inutiles a droite a gauche (on en voit encore quelques vestiges ici et la). Un jour, j’ai decouvert qu’existaient des scripts permettant de mettre a jour le contenu d’une page sans passer directement par son code. Facile, pratique, propre - le bonheur en toute quietude. Ces fonctionnalites permettaient de vraiment se concentrer sur le contenu, sans se soucier du contenant, realise une bonne fois pour toutes. Un outil bien confortable, dont l’adaptabilite venait souvent au prix de quelques fils retordus dans des lignes de scripts.

Artisan carnetier

Bien entendu, il y a un moment precis ou l’outil depasse sa fonction (cf. pas longtemps sur ce post). Symboliquement, je pense que ce point d’inflexion a ete atteint il n’y a pas si longtemps, lors de la parution de Movable Type 3, premiere mouture vraiment professionelle et payante du celebre script. La sortie de Movable Type 3, et sa solution clef-en-main Typepad, a pourvu ce mode d’expression naissant d’arguments marketing solides. D’ou propagation rapide des avatars de Typepad et de ses concurrents sur le mode de sites web personnels heberges chez un tiers. La barquette Findus de la parution internet etait prete a envahir les etals. “Aussi simple que de consulter ses emails”, nous dit la reclame. Apres le sur-mesure de l’artisan carnetier, voici le blog pret-a-porter fonctionnel, ergonomique et puissant.

Cela ne pouvait que marcher: apres avoir passe beaucoup de temps a naviguer sur internet, tout internaute un peu curieux fini par avoir envie de monter sa propre page, si possible sans se perdre dans une cabale de code. Nul besoin d’etre narcissique, isole socialement, ou specialement bavard; on essaye pour voir jusqu’ou ca va.

Et c’est la que les choses deviennent interessantes.

Le miroir de Petrarque

Affirmer que les blogs sont une forme nouvelle de journal intime est une erreur evidente; l’intimite sur internet, c’est presqu’antinomique. D’abord, il ne suffit pas s’exprimer en pyjama pour que son discours soit intime (ceux qui ont vu le reportage comprendront l’allusion). Ensuite, il est evident que sur un blog, nul n’est tenu a decrire sa vie, ses sentiments, ou une quelconque part de verite. Le lecteur de blog comprend vite qu’il ne lit necessairement que des morceaux choisis, et qu’il existe pour cela une part de plaisir a relier les points de ces discours fragmentes et intriguants.

La personnalite d’un carnetier transparait souvent autant dans sa maniere d’ecrire que dans le contenu de ses ecrits. C’est a cause de cela qu’on trouvait, sur les blogs artisanaux, un souci manifeste de personnalisation. Harmonie graphique, soin de lisibilite, langage choisi, ambitions creatives. En realite, on trouvait peu d’articles thematiques (sauf peut-etre sur les technicalites du blog), mais beaucoup d’articles inutiles et plaisants a lire. Malheureusement, ces amuse-bouches d’esthetes, qui souvent ne servaient a rien, ars gratia artis, tendent a disparaitre de la sphere.

Donnez-moi un theme

Ils cedent la place a deux grandes familles de sites personnels “thematiques”: la premiere famille, qui a vraiment emerge lors de l’apparition des scripts de blog, est celle du site d’actualite. Le contenu est informatif, ancre dans l’instant, et souvent motive par une reflexion critique. Le blog est evidemment l’outil parfait pour cela: classification temporelle du contenu, liens en hypertexte pour une mise en perspective de l’information, et possibilite de commenter pour faire naitre une dialectique (souvent tronquee ou “trollee” en realite, car le commentaire n’a pas la portee du dialogue). La seconde famille de ces sites personnels est plus ancienne, mais beneficie de la technologie offerte par le blog. Il s’agit des sites a but communautariste. Le blog permet de mieux federer autour d’un theme choisi en laissant la possibilite d’intervenir au lecteur. Un peu comme un forum de discussion ou le moderateur se serait abroge d’avantage de pouvoirs. Ces sites, evidemment, ne s’adressent qu’a un lectorat d’inities.

Relativite generale

La difference entre un simple site et un blog se trouve sur l’axe des temps. Le temps du blog est court, voire instantane, et l’outil de publication perdrait tout son sens s’il etait denue de ce classement temporel. Cette rigueur chronometrique, tres presente et souvent ressentie comme une urgence, entraine parfois l’epuisement de la publication, cet exercice marathonien. Sur un “site” personnel, en revanche, nul besoin de boulonner son activite sur une chronologie imposee par le script. On peut sculpter sa page patiemment, prendre conscience de l’ensemble a mesure qu’il se cree, et ne pas voir chaque coup de ciseau, chaque mise a jour, comme un geste independant du tout. Ce rythme plus lent entraine une longevite superieure, avec un interet de lecture allant croissant. La peur du mot “FIN” est desamorcee dans ce contexte de publication. Le point final n’est qu’une part du processus de creation en lui-meme.

Croc croc

Saturday, June 25th, 2005

ElvisBouledegomme

Apres un tel plebiscite, difficile d’echapper a LA photo du phenomene a moustache.

Sinon, la fin du mois de juin est toujours remplie d’histoires merveilleuses de feux de la St jean, de temps des cerises et de vie qui eclate au grand soleil. Il y a aussi l’histoire de lui, qui part au Japon dans un hopital, pendant qu’elle veille sur la bergerie en France. Il y a des films en plein air, ou les gens dansent, chantent, applaudissent, pleurent dans les rues d’une ville d’un million d’habitants. Il y a de l’art amazonien, sous des verrieres eclairees a l’halogene. Il y a la parade des lesbiennes en harley pour ouvrir le defile, puis une nouba de tous les diables, en plein air, dans le quartier gay. Il y a un concert de nous, jeudi soir 8h30, a la Coffee House de Stanford. Il y a des gorilles, des yeux qui brillent, du saturnisme. Pendant ce temps, les bacteries se reproduisent dans des boites de geloses, et Jupiter fait tourner ses neuf satellites. Profitons-en.

Pommes de Newton en solde

Monday, June 13th, 2005

On parle beaucoup d’idees liberales, de lois du marche, de social de marche, de precarite, de modele social francais. Le nouveau gouvernement revise sa copie sur le travail, toujours en privilegiant l’action sur la reflexion. Pragmatisme et mesures concretes. Malheureusement, ce discours de l’action peut engendrer des raisonnements fallacieux, et des parallelismes deviants. Voici un exemple qui s’immisce de plus en plus souvent dans les raisonnements: “la loi du marche/mondialisation est comme la loi de la gravitation - elle existe, et nul n’y echappe”.

Les grandes lois de la science ont ceci d’admirable qu’elles sont toujours concises et elegantes, asymptotiquement justes, et qu’elles illuminent des verites simples. Kant fremirait d’aise a l’idee qu’on puisse se rapprocher a ce point du beau, du juste et du vrai. Les lois de Maxwell, par exemple, qui regissent les champs electromagnetisme, sont une conceptualisation hardie de la realite. Une enonciation concise et symbolique d’observations; rien de plus, et certainement pas de prise de position partisane.

Alors forcement, quand je lis que les lois du marche sont “aussi naturelles que la gravitation”, et que la loi du marche est une evidence naturelle, je ne peux pas m’empecher de fremir a ce raccourci bancal. Les analogies entre science et economie sont dangereuses, et le danger en est evident: en economie, on ne peut pas negliger la place de l’homme.

On pourrait volontiers croire que la richesse en economie, et le potentiel en science, sont deux notions analogues. De meme, le travail et l’energie sont deux termes qui parfois se confondent. Partant de ce postulat, un gradient de potentiel genere un flux. Flux de matiere ou flux de capitaux, dans le fond, c’est la meme chose. La resistance a ce flux est variable: diffusion rapide dans les systemes egalitaires, diffusion lente voire inversee, dans les systemes ou se concentrent les potentiels. De ce fait, comme la matiere et l’energie, la richesse ne devrait-elle pas, naturellement et a des vitesses diverses, ruisseler des riches vers les pauvres?

Evidemment, les systemes economiques ne sont pas aussi simples que les systemes physiques. La difference est majeure, fondamentale: l’homme. Cest l’intervention humaine qui fausse ce raisonnement et aneantit tout le parallelisme de forme entre science et economie. Negliger l’homme dans les systemes economiques, c’est en negliger l’intervenant principal. Les systemes soumis aux seules lois du marche, mecaniquement, gravitationellement, ne peuvent donc pas mener a des societes viables pour l’homme.

The Sith sense

Friday, June 10th, 2005

Post eclair, car je file a l’aeroport chercher Helene. En attendant, voici de quoi vous occuper deux minutes. C’est assez bluffant ! Allez jouer avec Darth Vader, le sombre pere: The Sith Sense*. Allez hop je file.

*Trouve chez Jerome de Inside the USA.

Et mes bombinos?

Thursday, June 2nd, 2005

Amis humains, bonjour.

Je m’appelle Elvis. Elvis Bouledegomme. Un nom relativement commun chez nous, les hamsters. “Hamster et Bouledegomme”: je crois que ca vient d’un vieux roman souricier, avec Hercule Mulot, et l’inspecteur Rouletagraine.

Je suis rose. Pas rose bonbon, non, un beau rose qui vire au beige et a l’ivoire. Avec ma fourrure bien moussue, je suis beau comme un cador. Je ressemble a une toile de l’ecole Fontainebleau, un vrai Rembrandt a moustaches.

D’ailleurs, a souris royale, demeure imperiale. J’habite dans un petit chateau en bois avec un beau chemin de ronde crenele au sommet. Je passe beaucoup de temps a me lustrer les bonbons sur ce toit, avec vue imprenable sur ma roue et mes graines. En parlant de graines, faut dire que j’ai bon appetit: quand je suis arrive dans mon loft, j’etais gros comme un mini-mars, et a peine plus degourdi qu’un souriceau. Maintenant, j’ai de solides bajoues, un tres bon poids, de bons appuis, et je maitrise les rudiments de la roue et de la balancoire.

Je travaille beaucoup, parce qu’avec ma vie de rock star, une bonne hygiene de vie est necessaire. Il faut tenir la distance, surtout quand je pars en tournee avec mon groupe, les Stratocastors, pour promovoir mes disques (le dernier en date: “Graine Day”). Je ne crache pas sur un petit cigarillo ou un petit morceau de gruyere de temps en temps, avec moderation.

Mes maitres? Disons que ca va. Ce soir, on m’a encore change ma cage - ca ne me plait qu’a moitie, ca. Juste quand je m’etais fait une petite couche moelleuse en coton, c’etait cossu comme du nuage. Enfin tant pis, je vais recommencer, ca m’occupera.

Voila, je voulais juste me presenter. Amis humains, amis hamsters, joignons nos forces pour que la machine de production de graines capitalistes nous revienne !