Archive for November, 2005

Den Haag

Sunday, November 27th, 2005

Je tape ces quelques mots depuis la chambre de mon hotel a La Haye. Je surplombe des routes et des immeubles illumines depuis mon 9eme etage, mais rien ne bouge au dehors. Le decalage horaire m’a reveille avant l’aube. Si je me leve maintenant, je vais etre mort a trois heures cet apres-midi. Tant pis. Je ne supporte pas de rien faire. En arrivant a l’aeroport Schiphol d’Amsterdam, hier a midi, c’est-a-dire a trois heures du matin pour mon horloge biologique, j’ai ete plonge dans une douce odeur de soupe de pois casses, de pommes de terre, et un froid auquel je n’etais plus habitue. Ce froid qui fait faire des nuages a chaque respiration, et qui m’a casse la gorge. J’ai pris le train entre Amsterdam et La Haye, avec l’impression d’etre dans un TER, sur le plateau lorrain. Terre noire, ciel gris, soleil blanc. Quelques maigres silhouettes d’arbres depeces par l’hiver, quelques moulins immobiles, juste pour l’image d’Epinal. En arrivant, j’ai laisse tomber mon lecteur mp3 et j’ai ecoute ces conversations auxquelles je ne comprends rien que le son gutural. Le tram de La Haye etait rempli de blondinets qui allaient au musee, des gamins et des gamines qui chantainet des chansons en hollandais (broedertje jakoobsje, peut-etre). Je suis arrive a l’hotel, j’ai connecte mon pc au reste du monde, envoye deux trois mots, me suis fait chauffer du the au miel pour la gorge, et puis je suis tombe de sommeil, net, avec cette sensation etrange d’etre loin de chez soi, tout en se sentant un peu chez soi. L’Allemagne n’est pas bien loin, la Lorraine non plus.

Les gens sont accueillants, chaleureux, avec une beaute singuliere. Je vais ecrire encore, plus tard. A bientot.

Only the good de Young

Saturday, November 19th, 2005

Aujourd’hui, nous avons enfin eu l’occasion d’aller faire un saut au musee De Young. Fraichement reouvert apres avoir ete ferme a cause du tremblement de terre de Loma Prieta l’en 1989, le musee a ete reconstruit entierement grace a des fonds prives (les donateurs sont cites partout). La reclame nous promet un musee radicalement nouveau, oriente sur l’accessibilite et la perennite de son fond et de sa forme. Et je dois dire que je suis assez d’accord. Les architectes, les curateurs, et les designers se sont vraiment bien entendus pour soigner ces deux aspects.

A l’instar du musee Getty, a Los Angeles, le De Young se veut etre une oeuvre d’art monumentale en soi. Le batiment surprend par son esthetique anguleuse et sa finition en metal brut. Cette lourdeur architecturale confere une certaine rigidite a la batisse, sublimee par les eclats du soleil a mesure que changent leurs incidences. Les frondaisons des eucalyptus du golden gate park servent d’ecrin a ce vaisseau post-moderne, surplombant le quadrillage de la ville. Ce gros bateau flotte sur ses fondations. Cette prouesse architecturale permettrait a la structure de se deplacer d’un bon metre sans le moindre degat en cas de secousse sismique.

Le contenu m’a paru un brin etrange. Beaucoup d’arts primitifs d’ailleurs (Afrique et Oceanie), et beaucoup d’art americain contemporain. Mais entre les deux, rien. Je ne me souviens pas avoir vu une seule piece europeenne ni moderne, ni ancienne. Je pense que les belles pieces de l’art europeen sont deja eparpilles dans bien trop de musees. Mais malgre ce grand ecart artistique, l’ensemble se tient a peu pres. J’avoue un petit faible pour les arts primitifs en general, et pour le modernisme US aussi, donc perso, ca allait. Mais je comprendrais que ce musee ne plaise pas a tout le monde.

Bonne expo temporaire sur Hatshepsut, femme pharaon qui a chamboule les usages de son temps, tant socialement qu’artistiquement. En ironisant un brin, on pourrait dire que c’est un bon theme pour l’ouverture d’un musee San Franciscain, et que ca sert de pied-de-nez a tous les conservateurs du reste du pays qui se morfondent de voir qu’a San Francisco, les esprits sont bien trop ouverts pour que le puritannisme WASP s’en accomode. J’entends encore cette vieille rognure d’O Reilly appeler les bons Americains a boycotter San Francisco. Quel clown celui-la alors. Mais ce n’est pas le propos ici.

Moi je crois qu’un musee qui s’ouvre, tant qu’il ne s’agit pas de sanctuariser l’art, c’est le signe d’une saine sensibilite culturelle.

Et puis histoire de se reconnecter avec le miracle de la societe de consommation, un H&M s’ouvrait sur Union Square. Wouah la folaille. On se serait cru dans une grosse machine a laver avec des fringues et des filles qui vous foncent dedans de partout.

Oil patch

Wednesday, November 16th, 2005

Il est huit heures du matin, et le soleil cogne deja a vous en fendre le crane. Balancement lent. Le vent s’est eteint depuis quelques siecles, laissant ici a la poussiere le soin de sedimenter en silence. Balancement regulier. L’horizon tremble et semble fondre le ciel et la terre dans un flou blanc sursature. Tout autour de nous, les pump jacks battent la mesure aussi loin que l’oeil puisse voir. Il arrive que l’huile suinte naturellement a travers le sol. Une huile noire et grasse qui leche les cailloux en laissant flotter dans l’air une odeur de moteur chaud et de sulfure d’hydrogene.
Au milieu de ce champ, un prefabrique a ete flanque de quelques palmiers destines a ombrager cette fournaise. D’enormes pick ups se reposent sur un parking sans grillage. Quand on entre dans le batiment, tourne vers le nord, on sent le pop corn et la vieille planche. Les personnages qu’on y croise sont avenants, assez gras et souriants. Chemises crasseuses, moustaches gauloises et lunettes profilees comme celles que portent les cyclistes. Les fenetres sont remplies de puits et de pompes qui battent, depareilles, la mesure lente, tres tres lente, d’une symphonie chtonienne.

Un ecrin magnifique

Monday, November 7th, 2005

Finalement, je ne vais pas mettre en ligne les photos du Bridge school - en les regardant, elles n’etaient pas si bonnes que ca. Trop descriptives, peut-etre, pour etre de bonnes photos de concert. La quintessence de la photo de concert, c’est celle ou l’on peut entendre le son.

Pas envie de reflechir sur la violence dans les banlieues; je me souviens de ma prof de philo de terminale, la Kremer qui pronait deja a l’epoque la fin du regne de la toute-puissante tolerance. Non, il y a certaines choses que ne peut pas tolerer. L’idee meme de violence aleatoire est intolerable. La panacee du “dialogue social”, idee largement marketee, montre ses limites. Tonfas de CRS et cocktail molotov, voila peut-etre les arguments ultimes d’un dialogue qui ne pouvait pas avoir lieu.

Et comme ma vie est bien remplie de choses peu palpitantes (entretiens d’embauche, recherche, redaction de these, conception de websites pour le cineclub), je vais vous parler de mes derniers achats de CD, tiens. Au moins la, il y a du beau. Alors d’abord, les san franciscains: Black rebel motorcylce club avec leur album folkish “howl”. Les texans d’American Analog Set, avec “set free”. Les geniaux Death Cab for Cutie, avec “plans”, qui tourne en boucle en ce moment, et enfin, Arcade Fire, avec Funeral (ben oui il etait temps).