Archive for the ‘Live’ Category

Holding doors

Tuesday, June 20th, 2006

Beaucoup de choses ont change ces derniers temps. Un peu trop vite a mon gout, mais le changement apporte une certaine ivresse qui ma foi, n’est pas deplaisante.

On demenage, en moyenne, sept fois dans sa vie. J’en suis deja a plus, et pourtant je ne m’y fais pas. Ce n’est pas le changement d’environnement qui me gene, j’aurais meme plutot tendance a aimer le nomadisme. C’est le demenagement en soi. Les cartons de dix tonnes, les dons aux clochards du coin, la valse des poubelles, la perte de clefs a repetition, les portes a tenir avec la jambe, les voitures qui croulent, les bras qui s’allongent, le camping dans un appartement qui resonne le vide. Evidemment, a chaque fois, c’est flash-backs, souvenirs, photos, lettres, et tout un passe heureux qui ressurgit dans la poussiere brassee. Et puis vient le moment ou l’on referme sa porte pour la derniere fois, avec l’impression que derriere cette porte close, un morceau de notre passe nous quitte. Et puis on se met en route, et on passe outre tres vite, parce que ma bonne dame, c’est la vie.

Nous nous sommes d’ailleurs mis en route vers l’aeroport de San Jose, ou nous attendait l’avion pour Los Angeles. Trois semaines pour venir a bout de chaque allee et chaque contre-allee de ce Leviathan urbain, avant de revenir construire notre nouveau nid a San Francisco. Au centre-ville cette fois, youpi -sans jeu de mots. Stanford, pour info, etait a une quarantaine de minutes au sud du centre ville de San Francisco. La, nous serons en haut d’une colline en plein coeur de la ville. Chouette chouette. Et oui, je vais me refaire un petit “home-studio”, chose qui m’a manquee ces derniers temps, comme vous pouvez le constater dans la rubrique mp3 qui accumule la poussiere.

Allez, il faut que je coupe, l’heure allouee au visiteur de la bibliotheque de Santa Monica touche a sa fin.

A bientot.

Dr. H

On raccroche les wagons

Monday, April 3rd, 2006

Post eclair juste pour dire qu’on est revenu sains et saufs du pays des alligators mangeurs d’hommes. Epuises mais ravis de ce qu’on y a vu. Je prends la liberte de ne pas tout devoiler la comme ca, a la va-vite. Je posterai des photos en temps voulu. Pour le moment, je mets en ligne un truc qui fait toujours super-plaisir, envoye par une demoiselle qui s’appelle Aelle et qui tient un blog comme je les aime: “des mots pour se taire”.


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Pamplemousses roses

Thursday, March 16th, 2006

Que va-t-on voir en Floride?

Des retraites mangeant des pamplemousses roses? Des alligators qui vivent tapis au fond de ruisseaux dans des lotissements fermees? Des fusees spatiales posees en equilibre contre le donjon du chateau de la belle au bois dormant? Le mont des oliviers a quelques enclabures de la maison de Mickey Mouse? Des etudiantes saoules fetant leur spring break sans penser au CPE qui ne les attend pas. Tout ca?

Oui, la Floride, vue de Californie, c’est tout ca. Notre programme sur Highway 280

J’achete des disques

Monday, February 13th, 2006

Ca fait si 20eme siecle, et pourtant, j’adore acheter des disques. J’attache au moins autant d’importance au contenu qu’au contenant. Belle pochette, jolie ecriture, textes interessants, le disque est un tout qui ne se limite pas a quelques extraits sonores. Enfin je trouve. Bon alors, au menu cette semaine:

Jenny Lewis and the Watson Twins “Rabbit Fur Coat”
Helene dirait “encore une!”. Ce disque a tout pour lui. Une etrange originalite, avec des chansons calmes et lumineuses. Jenny Lewis ne s’encombre pas d’artifices, sauf peut-etre le luxe etrange d’etre entouree par deux jumelles mirroir, et d’un petit slapback sur la voix, pour se dedoubler encore. Un peu comme dans Big Fish, avec les deux siamoises surrealistes.


The Strokes “First Impressions of Earth”

Je m’etais jure de ne plus rien acheter aux Strokes tant le concert qu’ils avaient donne un soir d’Halloween 2002 etait minable. De vrais sales gosses. Pourtant, je crois que leur dernier album va finir par tourner en boucle. Il y a du y avoir un gros travail d’ecriture, et on sent une volonte tres forte d’enlever tout le gras surperflu qui encombre la plupart des groupes batterie/basse/guitare. On a droit a du fin, du fondant, du chaud. J’aime beaqucoup le son du guitarise Albert Hammond Jr. Moi qui voulait une Gibson, peut-etre que ce sera une Strat.

Bruce Springsteen “Devils+Dust”
N’etant pas un grand connaisseur, je me suis achete ce disque par curiosite. Le bouche a oreille marche bien pour cet album tres sombre et rapeux. Mes chansons preferees sont celles qui s’eloignent du mythe du bon vieux cowboy et qui parlent de choses plus simples et moins fantasmatiques. Je crois quand meme qu’il est temps pour l’Amerique de changer de vitesse et de laisser les cowboys la ou ils sont (qui a dit au “placard”!?).

Cat Power “The Greatest”
Une petite pensee pour madame puissance du chat, qui a du annuler sa tournee US pour des raisons medicales… Il ne faudrait pas qu’il lui soit arrive quelquechose de grave, elle doit encore avoir beaucoup de musique a donner. Cet album est assez epais, je trouve, un brin trop sirupeux a mon gout. Mais les melodies (bien cachees sous les arrangements) sont belles, la voix incandescente, et le piano se couche sur des textes bien leches.

Les arcanes de la vente en ligne predisaient la fin du concept “d’album” pour 2006. Fini l’exercice qui consiste pour un artiste a delivrer un paquet de chansons a la fois, de leur chercher une inspiration commune, de viser a une forme d’harmonie du tout. Je trouverais ca tres dommage.

Deux janvier

Monday, January 2nd, 2006

Le plus dur, c’est pas le premier janvier, c’est le deux.

Cloué au lit avec une bonne dose de fièvre et un estomac en vrac, j’ai commencé l’année en beauté. Il m’arrive souvent de tomber malade lors de mes retours en France, en général dans les trois premiers jours. Des maladies virales essentiellement: grippe, gastro, ou un joyeux mélange des deux. A croire que mes anti-corps ne sont plus habitués à l’air d’ici, et que j’ai perdu la bonne habitude de me faire pourlécher les joues par dix mille personnes depuis mon retour.

J’ai repeint la salle d’attente de mon médecin hier matin. Je ne sais pas si c’était le reportage sur le dada à la télé, les Femme Actuelle spécial grosse bouffe, ou les gamins encroutés de petit lait qui dansaient la danse de Saint Guy, mais en tous cas, la nausée m’a retourné le coeur. Ils ont eu droit à un fabuleux feu d’artifice gastrique. Je plains les gens qui attendaient à mes côtés, avec leurs airs mous du genou. Peut-être même que certains ont vu en moi le spectacle terrible de leur propre mort. Sans savoir ce qui m’arrivait, je me suis retrouvé agenouillé sur un paillasson, agonisant de douleur et de honte, éructant tripes et boyaux dans le seau à parapluie qui se trouvait sur mon chemin.

Puis j’ai hiberné sous plusieurs épaisseurs de laine et de plumes. Je me suis littéralement éteint le temps d’une journée. C’est fou ce que le corps peut endurer. Je n’ai rien mangé ni bu. Je n’ai rien vu ni entendu. Je n’ai rien ressenti ni rêvé. Le noir total.

J’ai refait surface en fin de journée. Progressivement. En réintégrant étape par étape les idées, les sons, les couleurs et la lumière. J’ai remis à l’oeuvre les remèdes magiques de l’enfance: jusqu’à nouvel ordre, je carbure aux bretzels et au coca sans bulles.

Principe de conservation

Sunday, December 25th, 2005

En bon scientifique, il y a des principes simples qui me seduisent beaucoup. Celui-la me plait tout particulierement, et je ne me lasse pas de le repeter, surtout en periode de fetes de fin d’annee:
And in the end,
the love you take,
is equal to the love you make

The Beatles, the End, Abbey Road
Veritable derniere chanson de leur dernier album.

L’extension du domaine de star wars

Wednesday, December 21st, 2005

Je viens de decouvrir deux immenses clefs de lecture du monde autour de moi: Michel Houellebecq et Star Wars. Mais comment diable ai-je pu vivre sur cette planete sans connaitre ces deux references? En lisant Houellebecq, j’ai eu l’impression de lire un concentre de tonnes d’autres blogs dans lesquels je fouine de quinze en quatorze. Ce meme ton qui passe sans etats d’ame du cynisme a la compassion, de la franchise a l’elucubration, de la gouaille a l’auto-flagellation.
Star wars, maintenant. Comme ceux qui me lisent le savent, je ne suis pas du tout adepte de science fiction. Lovecraft m’ennuie copieusement, Werber ne m’emeut pas plus, Tolkien me tombe des mains. Utiliser la science comme baguette magique, mouais, pourquoi pas. Les histoires de vies reelles m’interpellent bien plus. Mais en voyant Star Wars (le premier episode a avoir ete filme, j’entends), on devine en filigrane tout la suite du film de science-fiction de la fin du XXeme siecle. Je pense qu’inconsciemment ou consciemment, l’esthetique de Star Wars a engendre toute une descendance de produits hi-tech. Meme l’iPod finit a ressembler a un trooper.
Ben oui, j’ai l’air de tomber de la lune avec mon Houellebecq et mon Obi-Wan. Mais je n’ai pas perdu ma soiree.

Only the good de Young

Saturday, November 19th, 2005

Aujourd’hui, nous avons enfin eu l’occasion d’aller faire un saut au musee De Young. Fraichement reouvert apres avoir ete ferme a cause du tremblement de terre de Loma Prieta l’en 1989, le musee a ete reconstruit entierement grace a des fonds prives (les donateurs sont cites partout). La reclame nous promet un musee radicalement nouveau, oriente sur l’accessibilite et la perennite de son fond et de sa forme. Et je dois dire que je suis assez d’accord. Les architectes, les curateurs, et les designers se sont vraiment bien entendus pour soigner ces deux aspects.

A l’instar du musee Getty, a Los Angeles, le De Young se veut etre une oeuvre d’art monumentale en soi. Le batiment surprend par son esthetique anguleuse et sa finition en metal brut. Cette lourdeur architecturale confere une certaine rigidite a la batisse, sublimee par les eclats du soleil a mesure que changent leurs incidences. Les frondaisons des eucalyptus du golden gate park servent d’ecrin a ce vaisseau post-moderne, surplombant le quadrillage de la ville. Ce gros bateau flotte sur ses fondations. Cette prouesse architecturale permettrait a la structure de se deplacer d’un bon metre sans le moindre degat en cas de secousse sismique.

Le contenu m’a paru un brin etrange. Beaucoup d’arts primitifs d’ailleurs (Afrique et Oceanie), et beaucoup d’art americain contemporain. Mais entre les deux, rien. Je ne me souviens pas avoir vu une seule piece europeenne ni moderne, ni ancienne. Je pense que les belles pieces de l’art europeen sont deja eparpilles dans bien trop de musees. Mais malgre ce grand ecart artistique, l’ensemble se tient a peu pres. J’avoue un petit faible pour les arts primitifs en general, et pour le modernisme US aussi, donc perso, ca allait. Mais je comprendrais que ce musee ne plaise pas a tout le monde.

Bonne expo temporaire sur Hatshepsut, femme pharaon qui a chamboule les usages de son temps, tant socialement qu’artistiquement. En ironisant un brin, on pourrait dire que c’est un bon theme pour l’ouverture d’un musee San Franciscain, et que ca sert de pied-de-nez a tous les conservateurs du reste du pays qui se morfondent de voir qu’a San Francisco, les esprits sont bien trop ouverts pour que le puritannisme WASP s’en accomode. J’entends encore cette vieille rognure d’O Reilly appeler les bons Americains a boycotter San Francisco. Quel clown celui-la alors. Mais ce n’est pas le propos ici.

Moi je crois qu’un musee qui s’ouvre, tant qu’il ne s’agit pas de sanctuariser l’art, c’est le signe d’une saine sensibilite culturelle.

Et puis histoire de se reconnecter avec le miracle de la societe de consommation, un H&M s’ouvrait sur Union Square. Wouah la folaille. On se serait cru dans une grosse machine a laver avec des fringues et des filles qui vous foncent dedans de partout.

Oil patch

Wednesday, November 16th, 2005

Il est huit heures du matin, et le soleil cogne deja a vous en fendre le crane. Balancement lent. Le vent s’est eteint depuis quelques siecles, laissant ici a la poussiere le soin de sedimenter en silence. Balancement regulier. L’horizon tremble et semble fondre le ciel et la terre dans un flou blanc sursature. Tout autour de nous, les pump jacks battent la mesure aussi loin que l’oeil puisse voir. Il arrive que l’huile suinte naturellement a travers le sol. Une huile noire et grasse qui leche les cailloux en laissant flotter dans l’air une odeur de moteur chaud et de sulfure d’hydrogene.
Au milieu de ce champ, un prefabrique a ete flanque de quelques palmiers destines a ombrager cette fournaise. D’enormes pick ups se reposent sur un parking sans grillage. Quand on entre dans le batiment, tourne vers le nord, on sent le pop corn et la vieille planche. Les personnages qu’on y croise sont avenants, assez gras et souriants. Chemises crasseuses, moustaches gauloises et lunettes profilees comme celles que portent les cyclistes. Les fenetres sont remplies de puits et de pompes qui battent, depareilles, la mesure lente, tres tres lente, d’une symphonie chtonienne.

La force du nom

Sunday, October 23rd, 2005

“L’atmosphere oublie tout en deux semaines”, nous disent les meteorologues, habiles autant pour leur sens de la formule choc (style ‘effet papillon’) que pour celui de la denomination. Seulement voila: ayant epuise plus vite que prevu la liste anuelle des noms de cyclones, les successeurs de cette furie de Wilma s’appelleront prosaiquement ‘alpha’, puis ‘beta’, etc.

Deux questions me viennent a l’esprit: d’abord, pourquoi affubler d’un patronyme ces tempetes tropicales? Et d’ou vient la singularite d’un nom propre? Il doit y avoir a la premiere question une reponse rationnelle, simple, et ininteressante que je ne vais pas chercher a donner ici. La deuxieme question m’interpelle d’avantage. Je la reformule en ces termes: pourquoi donner un nom propre a certains objets que des noms communs suffiraient a decrire?

Repondons par l’exemple. Tom Kelley, dans The Ten Faces of Innovation, nous affirme que pour le public, une “Viper” est a priori une voiture plus rapide qu’une “Lumina”, avant meme conception. Rien qu’avec un nom, une image se dessine. Des entreprises sont meme specialisees dans les “baptemes” d’idees ou d’objets. iPod, Excalibur, Swiffer, Twingo, Krispy Kreme - plus que des noms, des symboles, evidemment reductibles au mercantilisme ambiant. Une capacite d’analyse sommaire assortie dun bon sens de l’observation permettent de remonter a l’origine de ces messages “subconscients” (je n’aime pas le terme, trop galvaude). References culturelles, onomatopees, mutations et cross-over lexicaux; les techniques sont connues et utilisees quotidiennement. Nous sommes entoures de produits finis, resultats d’une cascade de methodes et d’etudes, et rien, meme le nom, n’est laisse au hasard (rares sont encore les inventions qui portent le nom de leur inventeur).

Les aborigenes ont cette conception mystique de la vie qui consiste a croire que toutes les choses, tous les etres, toutes les idees, se revelent au monde a l’instant ou elles sont nommees. Tout coexiste sans qu’on le sache, et l’existence se revele au grand jour par l’attribution du nom. Une sorte de verbe qui se fait chair, meme si la translation a perdu au change. Cette idee va meme jusqu’a perturber notre bonne vieille representation lineaire du temps, puisque le futur n’est finalement qu’une couche du present qui n’a pas encore ete revelee.

Voila peut-etre pourquoi les cyclones ont un nom. Pour mettre en exergue la vigueur de leur existence.