Archive for the ‘Move’ Category

Bois de houx

Monday, June 26th, 2006

En direct live de Hollywood, dans le gloom du petit matin.

J’espere que la folie du weekend va retomber. Samedi et dimanche, les boulevards et les avenues ont été prises d’assaut par des hordes de touristes, essentiellement americains, en quete de “celebrities” a croiser. Bizarrement, nous qui ne cherchons pas specialement a croiser ce genre de personnes, nous avons presque foncé dans la Mercedes de Mel Gibson, qui reajustait le couvercle de son gobelet de cafe en conduisant.

Visite du Lacma, hier, le Los Angeles County Museum of Arts. Un musee qui contient enormement de belles pieces, tres mal mises en valeur. Difficile de se pamer sur la non-pipe de Magritte quand elle se presente sur un mur olivatre, dans une lumiere faiblarde, sous un faux plafond moisi. Bel art islamique, et belles antiquites d’Asie, petite salle sur le Moyen Age en France (rare); un sacré pillage, tout de meme.

Bons concerts au Whisky-a-Gogo, sinon. J’aime bien l’ambiance glauque-glam du samedi soir sur Sunset. Je commence a me reperer dans la ville, et a meme trouver qu’elle degage une certaine chaleur humaine. A moins que ce ne fusse l’haleine des 12 millions d’Angelinos qui respirent tous le brouillard pollué.

Fire claws

Tuesday, April 25th, 2006

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Les gerbes d’etincelles griffent la nuit floridienne. Un eclat si fort qu’il brule les pupilles et desseche les gorges. Les cous se tendent et se retractent a chaque detonation. Au milieu, on a pose ce chateau en plastique, ridicule par son essence meme, encore plus ridicule par son ceintrage de flammes. Encore quelques chataignes de lumiere et les fines cendres de ce spectacle iront mourir sur le velours des plans d’eau. Et puis chacun retournera chez soi, le long de la maree des hommes qui marchent, qui suivent les fleches qu’on a dispose a leur egard. C’est un endroit qui n’incite ni a la reverie, ni a la reflexion. C’est un endroit ou la nostalgie est scenarisee, c’est un endroit ou l’on vient acheter un sourire.

Course de chiens

Thursday, April 13th, 2006

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A deux pas du circuit automobile de Daytona, les drapeaux a damiers s’agitent pour une autre ceremonie: la course de levriers. Neuf chiens (gabarit “petit papa de Noel” des Simpsons) lances a pleine vitesse a la poursuite d’un os en plastique accroche a une voiture telecommandee, avouez que c’est plutot drole. Et le plus drole, c’est le serieux avec lequel se deroulent les courses, on croirait une ceremonie du the tellement tout est codifie. Les chiens sont presentes au public, deambulent fierement dans leurs pyjamas de compet’, chaque parieur observe religieusemernt le levrier sur lequel leur mise s’est portee, et chaque maitre-chien encourage son petit protege.

Quand le coup de feu retentit, la meute se lance sans toucher terre a la chasse au petit nonoce en plastique. Toutes mes photos de course sont ratees et ne montrent qu’une longue ondulation floue et mal cadree.

Tous pirates !

Tuesday, April 11th, 2006

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Sur la cote Atlantique du nord de la Floride, quelques criques clapotent dans une vegetation tropicale. Une ruelle pavee sillonne contre de vieilles fortifications espagnoles sechees par le soleil, le silence, et le sel du vent. Plusieurs drapeaux flottent sur les placettes de cette ville portuaire, qu’on imagine volontiers etre la base arriere de quelques pirates des Caraibes. D’ailleurs, de gros barbus arpentent le pave perroquet a l’epaule, boucle a l’oreille, bandeau sur l’oeil. Les nuits y sont longues et joyeuses, les tavernes s’illuminent du crepuscule a l’aube, et on y trouve toujours un musicien ou un bagarreur pour mettre de l’ambiance. Les oiseaux chantent toute la nuit. Le vieux cimetiere, un peu plus a l’interieur des terres, est le seul endroit calme a la vingt-cinquieme heure. Seuls quelques touristes superstitieux s’amusent a venir visister les tombes en ballades organisees, a la lanterne. Mais tout est calme, les morts sont au bar en train de faire la bringue, avec leur petit squelette de perroquet.

Pensacola Kerozene

Monday, April 10th, 2006

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Dans la ville de Floride qu’on appelle Pensacola, les touristes passent en general assez vite. Les motards venant de la Nouvelle-Orleans, ou de Mobile, Alabama, y font une halte pour desalterer leurs chevaux vapeurs. Du bourbon quand ils iront s’endormir dans quelque motel cafardeux, le long de Garden Street. On y croise aussi des soldats, cheveux millimetriques, machoires carrees. Des pilotes de la Navy, des voltigeurs capables de voler a moins d’un metre de l’aile du copain. Ils sentent la toile de treillis et l’huile usee. On les entend rugir au-dessus de la presqu’ile trois fois par semaine, et les soirs, ils viennent rugir derriere les comptoirs de bars pouilleux, une barbie au bras. Les rues de Pensacola ont ete ravinees par quelques ouragans, et certaines maisons s’ornent de toitures textiles. Mais on donne le change; les hotels de luxe font face a la mer, et les restaurants vendent des toiles d’artistes locaux.
Au-dela du terminal de Greyhound, et apres la gare d’Amtrak, apres la vieille voie ferree du bout de la ville se trouve un bar-restaurant. Son nom: End of the Line. Le drapeau noir sur la porte d’entree, juste a cote de l’autocollant ‘Exploited’ donne le ton. On y entre, on est seuls. La serveuse, qui a plutot l’air d’etre la en depannage, est occupee a tapoter sur son telephone. Metal sur le visage. Encre sur les mains. Chewing-gum rose, dents perlees devoilees par un sourire lumineux. On pouvait rester dejeuner si on voulait, mais il n’y a plus grand chose au frigo. Ca nous ira bien. Un croque-monsieur au tofu, oui, c’est parfait. Avec une salade de boulghour, meme, si on voulait. On s’installe. On boira un de leur sodas alternatifs. Un a l’orange, l’autre a la fraise. Pas de Pepsi-Cola a Pensacola.

Den Haag

Sunday, November 27th, 2005

Je tape ces quelques mots depuis la chambre de mon hotel a La Haye. Je surplombe des routes et des immeubles illumines depuis mon 9eme etage, mais rien ne bouge au dehors. Le decalage horaire m’a reveille avant l’aube. Si je me leve maintenant, je vais etre mort a trois heures cet apres-midi. Tant pis. Je ne supporte pas de rien faire. En arrivant a l’aeroport Schiphol d’Amsterdam, hier a midi, c’est-a-dire a trois heures du matin pour mon horloge biologique, j’ai ete plonge dans une douce odeur de soupe de pois casses, de pommes de terre, et un froid auquel je n’etais plus habitue. Ce froid qui fait faire des nuages a chaque respiration, et qui m’a casse la gorge. J’ai pris le train entre Amsterdam et La Haye, avec l’impression d’etre dans un TER, sur le plateau lorrain. Terre noire, ciel gris, soleil blanc. Quelques maigres silhouettes d’arbres depeces par l’hiver, quelques moulins immobiles, juste pour l’image d’Epinal. En arrivant, j’ai laisse tomber mon lecteur mp3 et j’ai ecoute ces conversations auxquelles je ne comprends rien que le son gutural. Le tram de La Haye etait rempli de blondinets qui allaient au musee, des gamins et des gamines qui chantainet des chansons en hollandais (broedertje jakoobsje, peut-etre). Je suis arrive a l’hotel, j’ai connecte mon pc au reste du monde, envoye deux trois mots, me suis fait chauffer du the au miel pour la gorge, et puis je suis tombe de sommeil, net, avec cette sensation etrange d’etre loin de chez soi, tout en se sentant un peu chez soi. L’Allemagne n’est pas bien loin, la Lorraine non plus.

Les gens sont accueillants, chaleureux, avec une beaute singuliere. Je vais ecrire encore, plus tard. A bientot.

Stars from above

Monday, August 8th, 2005

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Retour a Los Angeles, deux semaines plus tard. J’ecris depuis la chambre de cet hotel ou nous sejournons, le Celebrity Inn. Des photos glacees sucrees dans les couloirs nous rappellent qu’il faut rever de voir une star. Que nous pourrions effleurer le bonheur astral d’apercevoir une idole de salles obscures. Que le sol sous nos pieds a ete petri par d’illustres semelles. Et dehors, sous les ecrans qui lancent des gerbes de couleurs pixellisees, se tient une fete perpetuelle, une sorte de bal declasse ou l’on s’arme de son reflex numerique favori pour photographier le sol. Errance ou pelerinage, on ne sait plus ou regarder.
Nous etions hier a Venice Beach. Le front de mer avait ete le theatre d’une ceremonie etrange, tenue par les disciples de Krishna. Quand je disais que le discours religieux pouvait faire perdre la raison dans mon post precedent, j’etais bien en deca de la realite. On se serait cru sur une autre planete. Pendant qu’un groupe de gens entre deux ages chantaient ‘come to krisha’ sur l’air de come together, des filles parees de voilures tournaient comme des derviches d’un autre siecle, d’un autre monde. Evidemment, les integristes chretiens qui sont legion aux USA se sont meles a la foule en brandissant des pancartes menancant tout le monde d’aller en enfer (lettres en flammes), que les gentils krishnas, pacifistes, vegetariens, et anti-consumeristes, n’etaient en realite qu’un ramassis de sorcieres et de sodomites… Les tondus ont prefere repondre en faisant jouer leur cithares et en leur lancant des colliers d’oeillets d’Inde, parfumes a l’encens patchouli. Evidemment, les integristes de krishna, meme s’ils sont placides, pacifistes, droles, sont aussi dangereux que ces autres fanatiques qui expliquent en deux coups de cuillere a pot le big-bang, l’evolution, et le sens de la vie. Le monde serait bien meilleur si les hommes ne cherchaient pas apporter des reponses fausses a leurs incertitudes. Il vaut mieux apprendre a vivre avec ses incertitudes plutot que de se construire des certitudes fausses.
Aujourd’hui, visite des studios de la Warner, ce soir San Diego, demain ‘Sea world’, puis nous partons quelques jours a Yellowstone pour une retraite dans la beaute minerale du parc. Mes acces internet etant aleatoires, je vous embrasse bien tous, amis lecteurs.

4s et 4i: mississippi

Thursday, March 17th, 2005

Les rives du fleuves sont aussi boueuses que le dit la legende. Autour de l’eau et de la boue, il y a encore de l’eau et de la boue. Des autoroutes entieres construites sur des pilotis, rivetees au tapis vaseux d’immenses marecages verdatres, moussus, stagnants. Nous dormons a Baton Rouge, dans le charme cossu d’un hotel cajun, fleurs fraiches et bouteille de vin au chevet. La ville s’etend autour d’autoroutes et de centres commerciaux. Pour ce qui est de l’autochtone, la premiere impression est inquietante, et la rencontre est resolument interessante. Inquietante, parce qu’on se sent a 100% dans un pays ‘rouge’, entendez republicain. Le support sans faille a l’administration s’affiche sur tous les pare-chocs de tous les enormes 4×4, qui d’ailleurs foncent comme des malades sur les avenues fatiguees (et rendent les routes beaucoup plus dangereuses par ici qu’elles ne le sont en Californie). On sent clairement que la triade decadente religion-patrie-argent ravage le discours et rend l’autochtone puritain, conservateur, et pragmatique (trop). Au risque d’y aller un peu vite en besogne, j’ai d’ailleurs l’impression d’avoir vu plus d’eglises que de McDo ici. Dans le fond c’est pareil: du pret-a-manger, et du pret-a-croire. Zero effort, on nous premache tout; le niveau zero de la gastronomie et de la spiritualite. Neanmoins, le contact est toujours tres cordial, courtois, prevenant.

Si on laisse un peu de cote la croute sociale aisee des anglo-saxons obeses, les choses se pimentent un peu, et deviennent reellement interessantes. Beaucoup de noirs, beaucoup de metis, et aussi beaucoup de cajuns, ces francais partis coloniser l’Acadie et ‘deplaces’ en Louisiane par la couronne d’Angleterre. Et la, a la rencontre, il se passe quelquechose. En visitant un navire de guerre a quai, au bord du fleuve, nous avons ete accueillis par John Cormier, d’un “bienvenue mes amis francois” sonore et rigolard. La ressemblance physique avec mon grand-pere n’est surement pas fortuite. Choc. Il faut le voir et l’entendre pour le croire. L’homme qui portait bien ses soixante-quinze balais sur la fin, avec son francais miraculeusement beau, n’avait jamais vu la France - on le sentait emu de la rencontre. L’emotion etait reciproque. Et le Mississippi, qui coule la dessus.

Back home

Wednesday, March 24th, 2004

Helene roule. Deux bonnes heures d’autoroute nous separent de la Bay Area, de Stanford. Misere. A peine arrive a Berkeley: bouchons. Heureusement, on capte les radios San Franciscaines, et on se sent un peu chez soi, a nouveau. De Berkeley a San Leandro, on a roule au pas. Accidents. Motards couches sur des civieres. Automobilistes nerveux. Camions nonchalants. On arrive enfin sur le Dumbarton Bridge, au coucher du soleil. Stanford n’est plus loin. On rentre, epuises mais heureux, de notre petit periple californien.

Vers Sacramento

Wednesday, March 24th, 2004

Nous voila pris en chasse par un enorme camion rouge qui devale les pentes. Putain, c’est pas possible: soit le conducteur est cingle, soit ses freins ont lache. Dans les deux cas, ca craint. La Mirage crache ses boyaux dans la montagne; on a reussi a mettre un peu d’air entre nous et le truck a la premiere montee. Ouf.
Le paysage s’aplanit. Sacramento au loin. On decide de s’y arreter pour dejeuner. Je ne m’attendais pas a une ville aussi chouette. Sacramento a la reputation de n’etre QUE la capitale administrative de la Californie, on est bien loin des deux grandes soeurs que sont Los Angeles et San Francisco. Malgre ce cote un peu administratif de la ville, on s’y sent bien a l’aise. Anemone dirait ‘le village est gentil’. Old Sacramento, avec son air de vieil ouest, merite le detour.