Robustesse et performance
Saturday, February 11th, 2006On continue a ajouter des etages a la Tour de Pise informatique. C’est l’impression que j’ai eue en sortant de la conference donnee par John Chambers, bouillant patron de Cisco Systems. Cisco est une entreprise admirable de vitalite, une entreprise specialiste des reseaux d’information, une entreprise effrayante par sa tentacularite larvee dans toute notre vie quotidienne. Chaque ordinateur, chaque distributeur de billets, chaque coup de telephone, fait appel a des technologies appartenant a Cisco.
John Chambers est arrive a Stanford en terrain conquis, etant lui meme un ancien de la boite. Entree spectaculaire du showman en interpelant la centaine d’etudiants presents et en demandant a chacun d’entre eux ce qui les interessait dans la vie. Quelques flatteries bien pensantes sur le reservoir d’innovations que represente a juste titre cette universite, et hop, l’auditoire etait captif. Ensuite, ca n’a ete qu’une longue suite d’auto-satisfaction. A grand coup de graphes, de schemas, d’animations (ah, les echecs 4D…), il nous a explique pourquoi Cisco etait so successful. De retour de Davos ou il a pu discuter avec cette charmante madame Merkel -name dropping-, Cisco s’est donne la mission de porter a bout de bras l’economie de certains pays emergeants, juges politiquement stables. Il a cite l’exemple du Mozambique et du Pakistan, raillant ceux qui lui parlaient de Chine et d’Inde, ces ” terrains deja conquis depuis 15 ans”. Cisco va aussi revolutionner l’enseignement a distance, le tele-commute (tele-travail, en francais je crois), la collaboration entre partenaires.
Son grand mot, et c’est peut-etre la que je suis d’accord avec lui, c’etait “interaction”. Pas interaction homme-machine (ca c’est un probleme regle, selon lui), interaction entre humains. Mettre en place des methodes plus efficaces d’interagir. Pas de seulement “communiquer”, mais reellement de realiser des trucs ensemble. Travailler a plusieurs sur un projet, sans avoir besoin de se dire ce qu’on y a fait ou de tenir un journal des modifications apportees par les uns et les autres. Ca se fait deja dans certains environnements (les developpeurs savent se servir de ca), mais c’est encore dans les limbes pour d’autres applications, et ca passe encore par le concept, a mon avis obsolete, de “version”.
Seulement voila. Le gros probleme que j’ai eu avec ses propos, c’est que comme tout bon vendeur de machines a laver, il vend de la performance. Pas de la robustesse. La performance se defend beaucoup mieux dans une optique commerciale a court terme. La robustesse tiendra sur le long terme. Et c’est un vrai probleme, qui ne sera regle que lorsqu’un cadre legal sera mis en place dans ce domaine. Performance et robustesse ne sont pas antinomiques, a mon sens. Au contraire.
Puis John Chambers a accepte de se livrer au jeu de la photo souvenir avec toute une horde d’asiatiques sur-equipes en gadgets hi-tech. Sourire, encore et toujours.