Archive for the ‘Think’ Category

Le quart d’heure warholien

Tuesday, May 4th, 2004

Je me sens d’humeur volubile ce soir. Peut-etre est-ce le long coup de fil inattendu de l’ami Pierrot qui me met en joie. Peut-etre est-ce l’idee qu’au fond, ce qu’on est, on le reste. Peut-etre est-ce l’idee que chaque seconde qui passe merite d’etre interrogee. Peut-etre est-ce mon activite onirique intense du moment. Quand j’aurais du temps, je me ferai un blog de reves - pas comme une vie de reves, mais plutot comme un blog ou je raconte mes reves. Peut-etre est-ce aussi la frousse de briser l’Equilibre en un quart de secondes. Je sais, ca fait cucu de mettre des majuscules aux noms communs.
Souvent, je me demande quel sera le quart de seconde qui fera basculer ma vie.

Ratsenschwanz

Thursday, April 29th, 2004

C’est en voyant son reflet dans les yeux d’un copain d’enfance que l’on prend conscience des meandres de sa propre vie. Le recul du choc est tel qu’on se retrouve propulse au dela de l’horizon des jours, dans les hautes spheres d’ou l’on observe les annees, les generations.
H est tombee par hasard sur Jean-Marc a Metz, alias Cyanure pour les amateurs de tek hard core. Choc quand H me l’annonce par telephone ! C’est avec JM que j’ai passe tous les petits caps de ma vie d’ecolier a celle de lyceen. Qu’est-ce qu’on a pu faire comme conneries ensemble. C’est certainement avec JM que je detiens le record du nombre d’heures a rigoler comme une baleine. On a ete gamins ensemble, a claquer tous nos mark (j’habitais en Allemagne) en bonbecs a la boulange. On a ete collegiens ensemble, a montrer nos culs dans le fond du bus, matin et soir. On a ete lyceens ensembles, a parler de bac et de filles. On a decouvert ensemble la musique, la vraie, celle qu’on faisait dans ma cave, lui a la guitare moi a la batterie, avec Fabien, Eric, Guillaume. Je salue encore une fois la patience de nos voisins, et du premier d’entre eux, mon pere, pour nous avoir laisse experimenter jusqu’ou les fusibles d’amplis tenaient le choc. On a compose notre premier morceau tous les deux (”Yvette, elle aime pas les miettes”). On s’est lance dans l’electro ensemble (”la danse de la bouclette”, “le rat pourri”). Puis il a fallu demenager.
Avoir continuellement avec soi le meme copain pendant plusieurs annees, ca parait banal pour beaucoup de monde. Ca ne l’etait pas pour moi: j’habitais dans une garnison francaise en Allemagne, et les militaires ne restent jamais longtemps au meme endroit. Mon pere, instituteur, y est reste 25 ans, le temps de voir defiler beaucoup de monde. Mes copains restaient, par la force des choses, environ 4 ans, puis disparaissaient dans les meandres des mutations. A part quelques exceptions, tous repartaient assez vite. JM, lui, y habite surement toujours. Sa vie etudiante est a Metz, fac francaise la plus proche, d’ou la rencontre-choc.
Putain, que je suis content d’avoir retrouve sa trace. Jean-Marc, a cet ete !

Le charme simple

Wednesday, April 28th, 2004

Depuis pas trop longtemps, j’ai une tele chez moi. Quand H n’est pas la pour l’allumer, je laisse paisiblement les araignees tisser leurs toile autour. Ce soir, je me suis laisse tenter, j’ai allume le canon a electron. Et je tombe sur le clip de M, “a tes souhaits”. Choc. En technicolor, le visage de Cecile de France: les yeux immenses, le sourire du bonheur, la bouche filee dans un ruban de soie rose pale. Un nuage de douceur, flottant sur les meandres baroques du personnage de BD que M s’amuse a incarner.
Pouhlala. Heureusement, pour me remettre, le clip a ete suivi d’une emission passionante avec dix chefs cuisiniers, en train de s’empoigner sur la reglementation du reblochon. L’espace d’un moment, j’aurais presque aime regarder la teloche. “La cuisine francaise bistrotiere se porte tres bien”, merci.

Celibat geographique, day 1

Sunday, April 11th, 2004

J’ai emmene H a l’aeroport a 4h ce matin. Depuis, je flotte dans la brume d’une journee terne, a laquelle manquent quelques heures de sommeil. Barbecue dehors. H m’a refile son rhume en partant, a force de se blottir l’un contre l’autre. Elle qui a toujours froid, et moi qui trouve toujours qu’il fait trop chaud; ce matin, en roulant seul sur la 280, j’ai allume le chauffage a fond, juste pour sentir du chaud. Je m’ennuie un peu, meme si le travail ne manquerait pas. C’etait Paques, et j’ai mange des oreilles de lapin. Tous mes lapins sont sourds, maintenant.
Du coup, j’ecoute bodysong en lisant les noces barbares. Une tasse de the parfume a lavande, celui de Chinatown, m’oblige a rester eveille. J’aimerais des nouvelles de vieux copains, aujourd’hui.

I dreamed I saw Joe Hill last night

Wednesday, March 10th, 2004

“Il parait qu’il neige en Lorraine, alors qu’ici, le thermometre frise les 25 degres et que tout le monde se ballade a poil sur le campus.” Parler du temps. Pourquoi? Le mec dans Amelie Poulain pretend que c’est pour eviter de parler du temps qui passe que l’on parle du temps qu’il fait. Moi, je crois que c’est une facon tres primaire de se chercher des terrains de discussion communs, surtout quand on n’a rien d’autre a partager que ce ciel, ces nuages, ce soleil. Ca se partage bien, un ciel. Tiens, prends-en un morceau, je te refile mon nuage si tu veux. Celui qui fait toujours pleuvoir au-dessus de la tete des grincheux; ce fameux nuage. Il me fait bien rire celui-la.
Une fois qu’on est plus intimes avec les gens, on partage d’autres choses: hier, en mangeant thailandais avec la bonne troupe de midi, j’avais apporte de la biere jamaicaine, parfumee au gingembre. Tout doux tout bon. Et vendredi soir, avec la meme troupe, on va voir Joan Baez au Fillmore. helene et moi, on a deja vu Joan Baez en 1998, a… Sarreguemines ! Nom de diousse, joan Baez dans la vieille salle municipale de Sarreguemines, je peux vous assurer que ca vaut son pesant de leberwurst. Rarement ai-je assiste a une telle demonstration d’intelligence et de charisme. Pour la petite anecdote, Helene et moi avons meme reussi a rencontrer la grande dame derriere le rideau, une fois celui-ci referme, et nous lui avons gentiment offert une gauffre que ma grand-mere avait faite pour nous. Malgre le cote grotesque de la chose, cette rencontre et ce concert resteront graves dans ma memoire jusqu’a ce que la vermine vienne me manger la sauce blanche. C’est dingue comme nos soucis quotidiens, ceux qui nous brouillent l’ecoute (facile) s’oublient vite, alors que certaines choses, ces rencontres, nous marquent a jamais.

dulcimer

Monday, March 8th, 2004

as we strolled down the piers
dulcimer plucking to our ears
sticks bouncing a scottish anthem
as we strolled down the piers

the piers turned into a cliff
a left wing arose in spray-painted slogans
books from the cellar to the ceiling
enter with no fear, they smiled at the door

dried sea horses, a foul smell,
dissasorted legions climbing up
the wings of cockroaches on powell
echoes of dulcimer plucking

crutches to support the bum
tall on his feet
collapsed
on
the
side
walk
as a drop of bad ethanol
gave the last hit
to the last synapsis
of the last neurone

seen from above
streets from words
fragments of sense
trying to finally unite

Les lendemains qui chantent

Friday, March 5th, 2004

C’est dans le fond de l’air. On le sent sans vraiment etre capable de le formuler. Ca fait des lustres qu’on rebat les oreilles avec ca. Mais on le sait, on en est sur: ca finira par arriver; tout est une question de temps. Il n’y a pas un seul nanogramme de mysticisme dans l’affirmation suivante: on fonce droit dans le mur. Et forcement, faudra bien passer par un changement radical. Ce n’est pas en detruisant un par un les mecanismes d’auto-regulation de la planete que tout ira bien; au contraire. J’ai horreur de tous les scenarios apocalyptiques a la gomme, tout juste bons pour des gourous de bac a sable, et les cataclysmes de la science-fiction me gonflent assez vite. Mais il souffle un vent mauvais chez les scientifiques, en ce moment. On parle de science, ici. Pas de fiction. Personnellement, une seule chose m’inquiete: le productivisme.
Simplement, a vouloir transformer du travail en argent toujours plus efficacement, toujours plus rapidement, on deteriore la vie. La sienne, et celle des autres. La vache folle? Productivisme. La destruction des forets? Productivisme. La couche d’ozone? Productivisme. Et les consequences de tout ca risquent d’etre desastreuses. Reculons d’un siecle et demi; on commence la revolution industrielle. On regroupe, on optimise, on accelere. Engrenage vertueux.
Les gros mangent les petits, deviennent de plus en plus gros, et c’est tant mieux nous dit-on. Plus plus plus. On nous fait croire que les interets individuels alimentent les interets collectifs: en effet, on vit tous bien mieux depuis que nos grottes se sont pourvues du confort moderne, et qu’on nous refile de la bidoche a en etre ecoeure.
Et puis il y a la revolution informatique. Meme topo: on regroupe, on optimise, on accelere. On y est. Une ou deux boites qui tiennent le monde entier (banques, laboratoires, hopitaux) par les bonbons. On a sacrement avance dans la sophistication, pas dans la robustesse. Le moindre grain de sable paralysera tout; on le sait: ca arrivera, tot ou tard.
Et puis, evidemment, en ayant regroupe, optimise, accelere a outrance, on finit par se rendre compte que le pouvoir d’un petit nombre d’individus decidera du sort de millions d’autres. Mais c’est pas de la blague: on y est. Certains predisent que les prochains actes terroristes ne feront plus 5000 morts, mais quelques millions. Un tout petit bouton. Ca arrivera, tot ou tard.
Mais en attendant, a vivre au-dessus de ses moyens, il arrivera bien un moment ou tout se cassera la gueule. Plus de petrole? Plus d’auto-regulation genetique? Plus de ressources agricoles a cause d’un changement climatique (serieusement programme pour 2010)? Plus de voitures, plus de medicaments, plus de casse-croute? Admettons que sur les 10 milliards de terriens, le dixieme seulement survive. Et alors? Que faire? Recommencer tout ca?
Surement pas.
A quoi ressemblera la societe post-technologique? Moi, j’en sais rien. On parle de petites communautes technologiquement auto-suffisantes, et independantes. On parle de “tribus” qui penseront d’abord a transmettre un savoir ’stable’, et non plus une science ‘instable’, source de dangers massifs. Mais la transition vers un systeme stable risque fort d’etre douloureuse.
C’est la science (pas le business, ni la politique, ni la religion, ni le fric) qui apportera les reponses. Faisez de la science; dans votre kibboutz post-technologique, il faudra bien des gens qui sauront reinventer la roue.

Notebook

Wednesday, March 3rd, 2004

Ai achete un nouveau carnet aujourd’hui: “Fat lil’ notebook”. Une grande spirale, une fine couverture argentee, quelques lignes de reglure bleues. Malgre le gabarit rable et rustique de la reliure, le papier est fin comme du papier bible. Tout un carnet, qui se remplira petit a petit; une mine de petites pensees, de petits mots, d’ebauches, de ratures, de gribouillages. C’est toujours prometteur, un nouveau carnet. J’aime le papier, la plume, l’enveloppe. L’odeur etheree de l’encre, le petit bruit du papier qui gratouille, la fluidite d’un trait de liquide. Le crayon de papier, au contraire, m’agace; il creuse la feuille, enlaidit le papier de reliefs inegaux, s’etale et se gomme, salement.

Le reflet

Monday, March 1st, 2004

Je respire… Ayant passe sans encombres la semaine precedente, veritable noeud nevralgique de mon trimestre, je me porte a present comme un charme. Heures de sommeil rattrappees, comptes et boulot a jour, pleins de projets en perspective. Je me sens frais comme l’oeil.
Petite ballade a Berkeley ce weekend. Ce qui est genial, c’est qu’en allant se perdre au cul du loup –de l’ours devrais-je dire– on fait table rase de tout le bruit blanc qui entache la pensee quotidienne. Comme quand on part en vacances. Et l’avantage de rouler avec un co-pilote sans carte et sans reproches, c’est que l’on voit du pays. Nous voila partis, pacte-a-quatre, dans la mitsusushi pleine jusqu’a la gueule de victuailles fraiches achetees dans un supermarche 70’s de Berkeley (pain aux olives, mandarines, et petite fiole de sake) avec l’idee de pique-niquer sur les hauteurs de la baie, avec une vue imprenable dans le decollete plongeant de San Francisco qui, pour la circonstance, avait revetu sa robe de soiree. Nous voila tant bien que mal sur une route de cretes, skyline boulevard. Nuit claire, fraiche, laiteuse. A la recherche d’un point de vue. Nous y voila, une belle aire au bord de la route, en compagnie d’un zonard version ghetto-blaster avec sa demi-poubelle tuning qui crache les watts infra-basse. On se demande bien ce qu’il fout la, avec son transitor qui degonce sa caisse; et ca caille, en plus. Allez, on s’arrache, on va pas pique-niquer la, nom d’un subwoofer fele. On finira chez G., peinards, a jouer a un jeu de carte medieval en s’enfilant sake et peanut butter. Du petit lait.
Sinon, il serait temps de mettre en boite les chansons que je n’arrive meme plus a enregistrer. L’horizon s’eclaircit un peu; vais-je faire ca cette semaine? Je le souhaite; ca me permettra de commencer a chercher des coins pour jouer, cet ete, en Lorraine. Si vous avez des propositions de concerts, je suis preneur.
En parlant de musique, nous sommes alles chez Amoeba (le plus grand disquaire independant de la baie), et comme a chaque fois, je suis paralyse devant tant de disques. Joan Baez, en concert dans pas longtemps, dirait en voyant l’accumulation: ‘diamonds and rust’. Des diamants, il doit y en avoir. De la rouille, c’est sur qu’il y en a. Tous ces groupes qui ne perceront jamais plus… Brrr, j’en ai la chair de poule. Enfin bon; j’ai toujours pense qu’on ne travaillait jamais a perte — que tout travail valait le coup. Ca vaut aussi pour les travaux ‘creatifs’, meme si le plaisir de la creativite n’est malheureusement souvent que le reflet de ce qu’on en voit. Enfin, je me comprends.

Devil’s boutique

Tuesday, January 27th, 2004

OK, laughing time is over: I met the devil. He is working as a tobacconist in France, he works overtime, late a night. He also sells books and souvenirs, and has a nice boutique on the ‘rue du pont’. He wears a large moustache, looks like a happy grandpa, with a huge fluffy dog, and smiling eyes. In front of his boutique, sitting on the narrow pavement, is always a young punk begging. Sometimes, it’s a boy-punk, sometimes a girl-punk. It changes a lot, but there invariably is a young punk of some sort begging on the narrow pavement in front of his boutique. I wonder what he does to them punks. He probably has a punk-factory in the back of his boutique, and uses them to collect money and information about good and evil people.
When a nice looking girl enters his boutique, he wraps her into a strange gaze and uses his devil powers to touch her. I let you imagine what kind of touches the devil can do. I witnessed of one these scenes one night. A thin brune girl stood in line in front of me, and all of a sudden, she started to get mad, and shouted to cut it out. “I know you’re touching me, I can feel it” she said to the moustache devil, with red little dots in her eyes. He did not answer, and offered his fixed smile. The dog yawned with a high pitched squeaking sound, and started to smile, as dogs sometimes do. I did not understand what was going on at first. It looked as if I was the only one that noticed how strange this situation was. Nobody else in the boutique seemed surprised.
I met the devil that night, or at least, one of his fellow employees. I bought a pack of tobacco from him, and swore to myself that it was the last time I stepped into his boutique.