C’est dans le fond de l’air. On le sent sans vraiment etre capable de le formuler. Ca fait des lustres qu’on rebat les oreilles avec ca. Mais on le sait, on en est sur: ca finira par arriver; tout est une question de temps. Il n’y a pas un seul nanogramme de mysticisme dans l’affirmation suivante: on fonce droit dans le mur. Et forcement, faudra bien passer par un changement radical. Ce n’est pas en detruisant un par un les mecanismes d’auto-regulation de la planete que tout ira bien; au contraire. J’ai horreur de tous les scenarios apocalyptiques a la gomme, tout juste bons pour des gourous de bac a sable, et les cataclysmes de la science-fiction me gonflent assez vite. Mais il souffle un vent mauvais chez les scientifiques, en ce moment. On parle de science, ici. Pas de fiction. Personnellement, une seule chose m’inquiete: le productivisme.
Simplement, a vouloir transformer du travail en argent toujours plus efficacement, toujours plus rapidement, on deteriore la vie. La sienne, et celle des autres. La vache folle? Productivisme. La destruction des forets? Productivisme. La couche d’ozone? Productivisme. Et les consequences de tout ca risquent d’etre desastreuses. Reculons d’un siecle et demi; on commence la revolution industrielle. On regroupe, on optimise, on accelere. Engrenage vertueux.
Les gros mangent les petits, deviennent de plus en plus gros, et c’est tant mieux nous dit-on. Plus plus plus. On nous fait croire que les interets individuels alimentent les interets collectifs: en effet, on vit tous bien mieux depuis que nos grottes se sont pourvues du confort moderne, et qu’on nous refile de la bidoche a en etre ecoeure.
Et puis il y a la revolution informatique. Meme topo: on regroupe, on optimise, on accelere. On y est. Une ou deux boites qui tiennent le monde entier (banques, laboratoires, hopitaux) par les bonbons. On a sacrement avance dans la sophistication, pas dans la robustesse. Le moindre grain de sable paralysera tout; on le sait: ca arrivera, tot ou tard.
Et puis, evidemment, en ayant regroupe, optimise, accelere a outrance, on finit par se rendre compte que le pouvoir d’un petit nombre d’individus decidera du sort de millions d’autres. Mais c’est pas de la blague: on y est. Certains predisent que les prochains actes terroristes ne feront plus 5000 morts, mais quelques millions. Un tout petit bouton. Ca arrivera, tot ou tard.
Mais en attendant, a vivre au-dessus de ses moyens, il arrivera bien un moment ou tout se cassera la gueule. Plus de petrole? Plus d’auto-regulation genetique? Plus de ressources agricoles a cause d’un changement climatique (serieusement programme pour 2010)? Plus de voitures, plus de medicaments, plus de casse-croute? Admettons que sur les 10 milliards de terriens, le dixieme seulement survive. Et alors? Que faire? Recommencer tout ca?
Surement pas.
A quoi ressemblera la societe post-technologique? Moi, j’en sais rien. On parle de petites communautes technologiquement auto-suffisantes, et independantes. On parle de “tribus” qui penseront d’abord a transmettre un savoir ’stable’, et non plus une science ‘instable’, source de dangers massifs. Mais la transition vers un systeme stable risque fort d’etre douloureuse.
C’est la science (pas le business, ni la politique, ni la religion, ni le fric) qui apportera les reponses. Faisez de la science; dans votre kibboutz post-technologique, il faudra bien des gens qui sauront reinventer la roue.