Tout commence il y a une dizaine de jours. Une bonne amie americaine s’absente pour quelques jours et nous demande d’aller nourrir son chat, un matou casanier et timide, qui vit reclus dans son appartement suburbain. Nous nous acquittons de la tache, l’animal se porte comme un charme, et ne semble pas souffrir outre mesure du manque de relations sociales.
Saut dans le temps, vendredi soir, fin d’une semaine chargee. Nous voila dans un restaurant, six francais, trois non-francais parmi lesquels notre amie au chat. Attables autour d’assiettes grasses et copieuses, nous sommes bien a l’aise et parlons a batons rompus. Une tres bonne soiree. On ferme le restau derriere nous, on papote encore sur le parking jusqu’a ce que le froid nous chasse.
Saut dans le temps, avant-hier midi. Notre dejeuner entre collegues commence mal: la fille au chat tire une tete de dix pieds de long. Nous avons tous ete extremement deplaisants a son egard vendredi soir: en effet, nous avons converse entre nous en francais. Embetes, car coutumiers du fait, nous nous excusons platement. On comprend tous bien que cela puisse etre percu comme un impair.
Redaction d’un email d’excuse, en toute amitie. Une tache difficile que j’execute avec autant d’habilete que possible. Le sujet est delicat et la destinataire explosive. Je ravale ma salive, et j’ecrase innocemment le bouton ’send’. Deux bonnes heures plus tard, un email incendiaire embrase ma boite aux lettres. Je lis avec consternation, il faut meme que je coupe la musique. Les Sambassadeurs de Serge Gainsbourg, armes de tubas jusqu’aux dents, attendront. Ma reponse aussi; je n’ecris pas chaud.
Hier matin, au bureau, se tient une reunion exceptionnelle des francophones incrimines pour statuer sur cette affaire qui part en sucette. Ayant decide d’attendre que passe l’orage, nous decidons d’oublier cette histoire pendant quelques temps. Le soir, on va feter tous ensemble l’anniversaire de mademoiselle A au resto. Tres bon diner, ca fait du bien de parler d’autres choses.
Le fondant au chocolat arrive sur notre table, surmonte d’un batonnet a etincelles. On chante comme des casseroles pleines, on rigole trois bons coups. Le telephone sonne. C’est la fille au chat, qui hurle hysterique. Le chat n’est plus la. On n’est vraiment tous qu’une bande de cons, on doit lui rendre son chat, menaces, insultes. On vire au bleme. Dans ma poche, la clef de chez elle, que j’ai oublie de lui rendre…