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L'elegance du herisson
Je ne suis pas un lecteur de course qui devore des kilos de papier, je lis lentement. Disons que je grignote paisiblement mes livres, en exercant souvent le pouvoir de ne pas lire jusqu'au bout si le texte ne me plait pas. Je ne lis pas non plus de livres utiles, de recits historiques, ou de science fiction. J'aime les romans. Je sais que ce genre fourre-tout revient en grace apres quelques decennies de denigrement, et je regrette meme un peu qu'on mette ces jours-ci une petite dose de romance dans tout et n'importe quoi. Le roman, c'est une affaire serieuse, rigoureuse, a la virgule pres. Ca ne se compromet pas.
Les librairies americaines ne me donnent pas envie de lire. Elles sont trop scandinaves. Moquette, boiseries, lumieres chaudes. Trop mises en scene, trop faussement bienveillantes. On y achete des livres legers qui sentent le carton, avec des couvertures chamarees et des ornements ridicules. Le marque-page de reliure qui se donne un genre, en elastique de culotte vert bouteille, moi, ca m'offense. Je comprends qu'on puisse se sentir a l'aise tout de suite dans une librairie americaine, c'est etudie pour cela. Toute cette mise en scene sirupeuse ne me seduit pas. Je lisais des romans americains quand j'etais en France, ici, je n'ai plus du tout envie d'en lire.
Je parle peu de mes lectures ici, elles n'interessent surement personne. Toutefois, je viens de lire un livre qui me semble parfait pour illustrer mon propos du jour. Je me suis regale en lisant "L'elegance du herisson" de Muriel Barbery. Tout concorde a mon plaisir: l'histoire est construite, le texte est intelligent et interpelle l'esprit du lecteur, le recit est dose avec juste assez d'effets de manche pour faire passer les lames de fond. Meme l'objet est beau, comme tous les livres de chez Gallimard (couverte beige clair, typographie simple, papier ivoire). J'ai pris un tel plaisir a lire ce texte que je le recommande a toute la terre.
J'ai lu ce livre dans un hotel victorien du vieux centre ville de Galveston (le Tremont House si ca vous interesse). Lire un aussi beau roman dans une station balneaire deserte au sud du Texas, c'est un brin surrealiste. Je m'y suis accroche comme on s'accroche de toutes ses forces a la culture face au vide.
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