Urbanostalgie

> CMD

> Une phrase exquise
SYNTAX ERROR
> Un bruit doux comme une souris qui trotte
UNHANDLED EXCEPTION
> Le vacarme des turbines
1 ERROR(S) - 15 WARNING(S)
> Un sourire engageant
COMMAND UNKNOWN
> La neige crisse sous les pas
FILE NOT FOUND
> Je cherche dans ma poche
SYSTEM RESTART
> Et du bout des doigts j'effeuille
FATAL ERROR
> Un livre dans lequel des phrases sont ecrites
F10 FOR RECOVERY

Houston

Je reviens apres une semaine passee dans le Texas. Je n'ai d'ailleurs aucune anecdote interessante s'y rapportant. Hotels. Taxis. Restaurants. Aeroports. Je n'envie vraiment pas les VRP modernes qui courrent le pays dans le luxe clinquant des salons first class (quand il m'arrive d'y aller, pour lire mes emails ou autres, je suis toujours oblige de montrer patte blanche comme si j'etais un intrus, et j'aime assez que cela continue). Crancres, haires, et pauvres diables. La seule belle chose qui me soit arrive a Houston, c'etait de sortir seul le soir en laissant mon ombre sauter d'un reverbere a l'autre, accompagne par les intonations menacantes de Jarvis Cocker sur le dernier album d'Air. Les rues du skyline district de Houston, de nuit, offrent un spectacle de perspectives singulieres, de lignes brises, de reflets demultiplies par le miroir des vitres. Il n'y a rien a y faire, sauf ouvrir les yeux pour reveler les motifs etranges du spectacles autour de soi.
Revenons a des choses plus terre a terre cette semaine. L'horloge tourne. Il faut que je poste des chansons ici.

Black velvet

Le vent vous colle un masque glacé aux joues, les yeux se dessechent. A cette altitude, il faut respirer fort pour se rassurer, se donner une certaine contenance, pour ne pas se faire engloutir par l'epaisseur d'air sous soi. On vacille, on penche, mais on se raccroche au garde-corps en assurant ses appuis.
Face a la perspective biaisee des immeubles, la musique de Thom Yorke vient a l'esprit. Le sample de piano, assez grossierement enregistre, se pose au hasard sur une nappe de silence; peut-etre est-ce pour en reveler le grain. Une grille rythmique synthetique, "synthetisante" oserais-je meme, quadrille ensuite l'espace musical. Les avenues se tracent, les paysages s'animent. Alors que le rythme s'est confortablement etabli, le refrain arrive qui etend la gamme tonale et debride ainsi une deuxieme dimension. Les taxis et les tramways glissent sur les rues et les avenues en croix.
Un peu plus bas, les hommes dorment sur le sol. Dans des caisses. Sous des sacs. Difficile de regarder en face quelqu'un qui dort, a fortiori quand la personne dort sur le pallier d'un magasin de souvenirs. Les passants feignent d'ignorer, n'interrompent ni leurs pas, ni leurs paroles, et continuent vers leurs destinations. Vues de la rue, les fenetres ne sont que bleues. Les bars ferment a deux heures, dans le bruit de la foule qui se disperse a l'approche silencieuse des voitures epaulardes que conduisent les agents de police.
Encore plus bas, en se penchant contre les soupirails, on voit les cuisines du diable dans les sous-sols. Dans la salete sourde des souterrains, sur des dalles aveugles au moindre rayon de soleil, des etres vivants s'agitent croupissent devorent gesticulent et s'invectivent dans des langues inconnues.
Et moi, en haut de l'immeuble, je jette d'une pichenette les derniers centimetres d'un Partagas encore incandescent. Je me penche prudemment pour voir comme il tourne en projetant quelques etincelles rouges, et j'imagine comme il se pliera a son impact au sol. Au-dessus de moi, il n'y a que du noir laiteux et j'en respire une grande bouffee avec un plaisir inattendu.

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